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 AFP-02 Le procès du féminisme selon la Gazette des femmes  (mai 2003)

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Dans l'édition de mars-avril de la Gazette des femmes (2003), publié par le Conseil du statut de la femme, on peut lire une entrevue de Rosette Côté menée par Françoise Guénette ainsi qu'une recension de mon ouvrage «L'équité salariale et autres dérives et dommages collatéraux du féminisme au Québec» (Les Éditions Varia), sans doute par la même personne1. J'ignorais ces faits quand j'ai accepté de participer à un débat tenu au Musée de la civilisation sur le thème «Le féminisme est-il allé trop loin ?» et animé par la même Mme Guénette. Je comprends maintenant pourquoi j'ai été empêché à quelques reprises de parler de l'équité salariale alors qu'à la toute fin la Présidente de la Commission de l'équité salariale fût autorisée à réfuter des arguments qu'elle m'imputait sans que j'aie eu le temps d'expliquer les miens. Comme éthique journalistique on a déjà vu mieux; je vais avoir maintenant plus de mal à me fier à la revue de presse qu'elle présente à l'émission matinale Matino presto diffusée dans la région de  Québec.

 

Examinons d'abord la recension de mon ouvrage. Finaude Mme Guénette ne dit rien à propos de ma critique de l'équité salariale préférant laisser parler la Présidente de la CSE sur la page d'à côté. Elle s'attaque à la deuxième partie de l'ouvrage qui «enlève toute crédibilité à l'ensemble» et elle se lance dans une petite série de citations hors contexte ou tronquées. Elle n'explique pas pourquoi je demande le retrait des lois proactives qui discriminent outrageusement en faveur des femmes. Elle devrait pouvoir démontrer qu'il est logique que de pareilles lois favorisent les femmes aux dépens des hommes alors que les féministes ont toujours prétendu que les femmes étaient les égales des hommes. Depuis que le féminisme victimaire a été dénoncé par quelques femmes, les féministes  ont plus de mal à s'aventurer sur ce terrain. Elle ne dit pas pourquoi elle est favorable à un parti politique composé uniquement de femmes et pourquoi, après avoir proclamé que la femme est seule maîtresse de son corps, la femme québécoise ne devrait pas être tenue au moins grandement responsable du fait que le taux de natalité au Québec a chuté au point de ne plus assurer la régénération, ou dit autrement, responsable de conduire la société à l'extinction.

 

Quant à Mme Côté, présidente de la Commission sur l'équité salariale, « elle se fait cinglante» à l'égard de mon analyse. «L'ensemble de ses prémisses sont fausses puisqu'il nie toute discrimination au départ». C'est assurément le cas mais Mme Côté prend bien soin de ne pas révéler la teneur du débat. La justification, la prémisse de l'équité salariale repose sur un écart observable de 15 à 25%, selon les périodes, entre le salaire moyen des femmes et des hommes. Les féministes considèrent que cet écart est attribuable au fait que: le marché discrimine de manière systémique contre les emplois traditionnellement féminins, que les employeurs, forcément des hommes, sont sexistes et qu'ils utilisent des critères d'évaluation des emplois qui sous-estiment le travail féminin.

Mme Côté est tout à fait d'accord avec cette proposition « Cette loi prend pour acquis l'existence d'une discrimination systémique et renverse le poids de la preuve lequel est dorénavant sur les épaules de l'employeur». Donc, l'employeur est coupable de ne pas payer les femmes un salaire égal non plus pour un travail égal mais un travail féminin équivalent, une invention féministe.

Or, c'est cette prémisse des féministes qui est est contestable et pour plusieurs raisons:

(1) Elle veut que les employeurs masculins qui sont en concurrence sur le marché soient tous assez sexistes pour rémunérer les femmes à un taux inférieur, par surcroît, presque uniforme, mais pas assez sexistes pour ne pas les embaucher par milliers. Comment expliquer alors que les Opera Winfrey et Céline Dion, les sœurs Williams, Anika Sorenstam, ces centaines de vedettes de la chanson, du cinéma et de la télévision et les mannequins féminins, soient payés plus cher que bien des hommes qui font le même métier ? Le marché est bon seulement quand il avantage les femmes ?

(2) Les analyses sérieuses indiquent que cet écart est plutôt attribuable aux facteurs suivants :

-- la concentration des femmes qui travaillent dans certains secteurs d'activités et types d'emplois, Même la Présidente du Conseil du statut de la femme l'a reconnu récemment en constatant que les filles choisissent le métier d'esthéticienne moins payant que celui de mécanicien --(Le Soleil, 10 avril 2002, p.A-8). Mais Mme Côté ne comprend pourquoi il en est ainsi. Par contre, elle d'accord pour que les gardiennes de prison gagnent le même salaire que les gardiens de prison même si elles ne remplissent pas des tâches identiques dans les prisons masculines.

-- la taille de l'entreprise (85% des entreprises de 10 à 49 employés sont non syndiquées;  80% des femmes travaillent dans des entreprises de moins de 100 employés et 50% dans de très petites entreprises de  0 à 19 employés);

--l'ancienneté, le temps travaillé ( voir Simon Langlois dans «Québec 2003»), la formation, le degré de syndicalisation (50% des femmes ne sont pas syndiquées). Et si plusieurs femmes étaient satisfaites de la situation, du travail à temps partiel ? 

(3) Mme Côté n'explique pas pourquoi ce sont seulement les femmes qui ont droit à l'équité salariale alors que les autres groupes également «victimes de discrimination systémique» (les membres des communautés culturelles, les autochtones, les personnes handicapées) auxquelles les femmes sont associées lorsqu'il est question de programmes d'accès à l'égalité en emploi, n'y ont pas droit.

(4) Dans les années 1960 une commission royale (Laurendeau-Dunton) avait déterminé que les que les québécois francophones étaient moins rémunérés en moyenne que la presque totalité des autres communautés sur le territoire où ils étaient pourtant majoritaires. Il n'y a pas eu de loi pour rehausser le salaire des francophones. En 2000 les gains hebdomadaires moyens québécois étaient à 87% des gains des Ontariens. Il n'y a pas de loi canadienne d'équité interprovinciale ?

Mais l'examen ne doit pas s'arrêter là. Les mécanismes d'application de la loi sont particulièrement nocifs. Non seulement le gouvernement québécois a-t-il adopté une Loi sur l'équité salariale, ce que plusieurs gouvernements n'ont pas fait, y compris le gouvernement fédéral, mais il a mis en vigueur la loi la plus chromée en Amérique du Nord et, jusqu'à preuve du contraire, dans le monde.

Cette loi est grandement critiquable parce que:

·                   elle s'applique à toutes le entreprises, même aux PME qui ont moins de 50 employés et qui représentent 95% de toutes les entreprises québécoises (- de 10 employés = 80% ; 10-49 employés = 15%), et bien que la moitié de ces dernières ait un taux de survie qui ne dépasse pas cinq ans en moyenne. On inflige ainsi une rigidité à des entreprises dont le principal atout est une gestion souple. En 2002, la création de PME a été en hausse de 3% ailleurs au Canada, au Québec il y a eu décroissance. Mme Côté soutient que cette loi tient compte du marché puisqu'elle module ses obligations selon la taille des entreprises, elle prouve que la confusion règne.

·                   elle s'applique au gouvernement qui est devenu, par l'effet de cette loi, un seul et même employeur pour la fonction publique, les organismes gouvernementaux, les établissements publics de santé et de services sociaux et les établissements publics d'éducation. Il s'agissait auparavant de quatre secteurs distincts ce qui donnait une certaine marge de manœuvre. L'appareil gouvernemental est devenu un bloc monolithique, un paradis syndical.

·                   elle s'applique à presque tous les emplois y compris aux emplois de cadres ce que ne fait aucune loi au travail. Elle distingue trois sortes de catégories d'emploi; celles qui sont à prédominance féminine (composées à 60% de femmes), celles qui sont à prédominance masculine (60% d'hommes) et qui servent de comparateurs et la catégorie mixte lorsqu'aucun sexe est majoritaire. Or, un grand nombre des catégories féminines dont on parle maintenant n'ont rien de traditionnellement féminines comme le voulait la proposition initiale: Il peut s'agir, par exemple au gouvernement, des catégories suivantes: agents de recherche et de planification socio-économique, pharmacien, conseiller légal, agent d'information, agent d'indemnisation classe nominale de bureau, agent de gestion du personnel, bibliothécaire, commis senior à la comptabilité, commis intermédiaire;

Bien plus, on a déterminé l'existence de la dominance d'un sexe tantôt par rapport à un situation qui prévalait il y a 10 ans tantôt au moment où l'analyse a été menée. On comprend que : le changement de sexe de quelques employés peut suffire à modifier le caractère féminin ou masculin d'une catégorie dans un temps assez court; que ce caractère peut être différent d'une entreprise à l'autre; qu'un seul employé peut constituer une catégorie d'emploi. En somme, le salaire est versé non plus en fonction des tâches mais du sexe d'un groupe de personnes qui à un moment donné les remplissent. La question se pose de savoir comment on peut fixer une date précise au début de cette discrimination historique alors que manifestement la situation est en constante évolution ? La position des féministes est d'autant plus difficile à comprendre qu'elles prétendent que la dégradation salariale commence à se produire lorsque le taux de féminisation atteint 40% ;

·                   elle s'applique à toutes les rémunérations, traitements et avantages sociaux, par surcroît indépendamment de l'ancienneté des individus, comme si les employeurs établissaient des avantages sociaux strictement réservés aux hommes;

·                   elle compare les emplois masculins et féminins à partir de critères d'évaluation propres et différents ce qui en toute logique devrait constituer une lacune fatale. Au gouvernement il y a pour le personnel syndiqué trois systèmes comprenant un nombre variable de facteurs -7-22-16 et maintenant 17 et il y a deux systèmes différents pour les cadres.. Forcément on doit faire des compromis ce qui est inadmissible en théorie. Mme Côté révèle le fond de sa pensée lorsqu'elle exige que le salaire des secrétaires soit égal à celui des mécaniciens;

·                   elle accorde des ajustements de traitement à des catégories d'emploi dites à prédominance féminine de telle manière que certains hommes seront dorénavant moins bien rémunérés (en bas de la moyenne) que des femmes et qu'ils ne pourront jamais contester cette situation (Jugement Evans). Au gouvernement du Québec, à la suite d'un premier redressement complété le 21 novembre 2001 on a obtenu, dans le tiers supérieur des rangs (9 rangs) les plus élevés de la structure de rémunération (qui en compte 25), 55% de catégories féminines et 44% de  catégories masculines, dans le deuxième tiers moyen (8 rangs) 56% catégories masculines et  44% féminines et dans le tiers le plus bas (8 rangs) 53 % catégories masculines et 47% féminines. Comme le gouvernement fixe déjà les traitements de ses employés par relativité et fait abstraction du marché cette équité salariale féministe décroche doublement les salaires du marché mais, cette fois, au bénéfice des femmes seulement. Comme elles profitent également des hausses de salaires accordées aux emplois à prédominance masculine elles gagnent sur les deux tableaux C'est du beau travail. So so so. solidarité;

·                   elle assure la pérennité des ajustements de salaire aux femmes (à une fréquence encore indéterminée, annuellement, aux trois ans?). Plus besoin de faire d'effort, on s'accroche à la locomotive et le tour est joué. Il s'agit d'une Loi du salaire maximum pour les femmes seulement;

Le bouquet, est que cette loi sera inapplicable, en fait, aux petites entreprises dans lesquelles il n'y a pas de comparateurs masculins à moins que la CES en détermine un –  ex: une entreprise de référence - une solution tout à fait démentielle; donc cette loi ne bénéficiera pas à celles dont on disait vouloir améliorer le sort mais bien à celles qui sont déjà privilégiées et qui ont un emploi dans le secteur public. Convenir de cela c'est reconnaître que cette loi n'atteint pas son objectif mais les féministes ne l'avoueront jamais même sous la torture et ce n'est pas la Présidente de la CSN qui va vendre la mèche. Mme Côté omet de dire qu'en Ontario les entreprises ne sont pas soumises à des comparateurs externes et que les hausses des ajustements salariaux sont plafonnées contrairement à ce qui se passe au Québec .

La CSE est une sorte de Régie des traitements et des avantages sociaux de l'ensemble de la population mais au seul bénéfice des femmes qui travaillent. Elle est au dessus du régime de négociation collective. On se croirait en temps de guerre ou sous un régime qui a implosé en 1989. Avec un organisme pareil les syndicats sont devenus superflus.

À cet égard, il est très alarmant de lire dans la Gazette des femmes les propos suivants de la Présidente de la Commission de l'équité salariale: «Si on laisse le marché se réguler les femmes vont s'appauvrir. Or, quand elles sont pauvres, seules avec charge d'enfants, sans les moyens de payer les garderies qui prend le relais ? L'État pourvoyeur». Elle dit encore  «Si vous pouvez offrir $50 000 a un jeune king de l'informatique vous pouvez donner un $1.00 de plus l'heure à votre secrétaire».

Cette façon d'aborder la détermination des salaires en dit long sur l'esprit qui anime l'application de cette loi et les connaissances que les féministes ont du fonctionnement de l'économie. Pour Mme Côté le marché n'a pas d'importance, ce sont ses propres valeurs (elle qui est si neutre) qui vont déterminer les salaires des unes et des autres. L'argument de la femme monoparentale pauvre revient comme la sauce brune, il s'accorde à tous les plats. Un homme qui aurait dit une pareille ânerie aurait été destitué le lendemain. Quand est-ce que les femmes d'affaires vont la ramener à la raison? Quand est-ce que la ministre des Finances, la Vérificatrice générale,  la Protectrice du citoyen, la députée de l'opposition officielle chargée du dossier, vont enfin trouver le temps de remettre en question ces lois qui sont à la fois discriminatoires et inefficaces.

Enfin, cette correction du marché n'est pas gratuite pour le contribuable. En novembre 2001 le Conseil du trésor a déclaré avoir versé, de 1990 à 2001, 4,3 milliards de dollars en correctifs salariaux récurrents au seul chapitre de l'équité salariale féministe, à raison de 430 millions/ année en moyenne, pour 216 catégories féminines (Communiqué de presse du 22 novembre 2001). En décembre 2002, selon le Conseil du trésor, la note de la seule l'équité salariale (féministe) de 1990 à 2007 allait être de 8,8 milliards de dollars, à raison de 517 millions/ par année en moyenne, pour 550 catégories féminines (Le Soleil, 4 décembre, 2002p. A-5). Pour les années 2000 à 2007 on obtient 4.5 milliards ou $643 millions /année. Le nombre de catégories féminines et de femmes qui profitent d'un redressement est forcément en hausse avec la féminisation des emplois. Il faut ajouter le coût des libérations syndicales pour les fins de la seule équité féministe qui a été de 8 millions de dollars. en 2002 seulement. Il faudra aussi ajouter le coût du redressement des avantages sociaux. Le gouvernement pourrait négocier un faible montant à ce dernier chapitre (malgré la loi) pour la simple raison que les femmes, vivant plus longtemps, sont nettement avantagées au régime de retraite, le principal avantage social. Cela supposerait qu'il fasse preuve de logique mais dans cette matière, on le sait, il n'est pas du tout évident que cela soit de mise.

Bref, nous ne faisons pas le procès du féminisme mais nous remettons en cause ses dérives et dommages collatéraux. Il semble bien que les féministes qui ont été seules à parler depuis trente ans tolèrent mal la réplique.

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(1)     Les mêmes textes (sauf la recension de mon ouvrage) se retrouvent dans un supplément également publié par la Conseil du statut de la femme et distribué par Le Soleil la fin de semaine du 8 mars. Comme copinage et réseautage c'est assez bien réussi.