AS-4 Une autre qui préfère la cure judiciaire à la cure psychologique

 

HOMME

D'AUJOURD'HUI

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Nous avons déjà traité de cette question antérieurement 1 et nous avons sensiblement les mêmes interrogations qu’en 2007. Il s’agit d’une femme qui découvre, 25 ans après les évènements, (1982-1985) qu’elle n’a d’autre choix que de  poursuivre son ex-beau-père au criminel pour des  rapports sexuels (70% de nature masturbatoire, 30% de nature orale), deux fois par mois, durant deux ans, alors qu’elle avait entre 14 et 16 ans. Elle était tellement déterminée qu’elle a renoncé à

l’ordonnance de non-publication, étant entendu que l’accusé n’y a jamais droit, peu importe le résultat du procès.

Le Journal de Québec nous rapporte les faits.2

«L'avocat, qui pratique Ie droit fiscal pour Ie compte d'Investissement Québec, a reconnu qu'il a eu des rapports sexuels à une soixantaine de reprises avec sa belle-fille lorsqu'elle avait entre 14 et 16 ans à l'époque des crimes, soit entre 1982 et 1985. La preuve.a révélé qu'il a eu des contacts avec elle, a raison de deux fois par mois, alors qu'il était en situation d'autorité puisqu'il s'était marié avec la mère de la victime en 1979  La  procureure  de  la  Couronne,  Me Valérie  Lahaie, clame  une  peine  de  deux  ans  moins  un  jour  d'emprisonnement ferme.  Elle  a  souligne,  parmi  les  facteurs aggravants, le  «  lien  d'autorité  très  clair  », bie que  l'accuse  soutienne  qu'il  ntait  pas  vraiment conscient  de  ce  qu'il  faisait  a  lpoque,  étant pourtant  deux  fois  plus  vieux  que  sa  victime. «  Un  avocat  doit  connaitre  les  lois  et  les  conséquences ...  La  victime  s'est  laissée  faire Elle  s'est laissée  embarquer  parce  qu'elle  était  vulnérable. Tout  était  caché Quand  c'est  caché,  c'est  parce  qu'on est  conscient  que  ce  n'est  pas  permis  »,  a  soulevé Me Lahaie.  Pas  un  pédophile À l'opposé, la défense a suggéré une peine dans la collectivité, évoquant le plaidoyer de culpabilité de l'accusé, sa prise de conscience et son implication dans une thérapie de son propre chef, avant même la judiciarisation du dossier (…) Louis   Goyette  n'a  pas «  d'histoire  de  fantasmes  sur  des   enfants  ou   des   adolescentes  »,  a-t-il ajou, précisant  qu'il  avait une  attiranc spécifique  pour  sa   belle-fille  et   qu'une   forme de  relation amoureuse s'était  développée,  s'inscrivant davantage   dans   une   dynamique   incestueuse. Avant sa  mise en accusation, Louis   Goyette   était convaincu  «  que  la   victime   n'était  pas  traumatisée ni bouleversée»  puisque  les  relations   familiales   s'étaient   poursuivies  sans  anicroches   pendant  vingt  ans. L'accusé  est maintenant   dépressif,   suicidaire, son   mariage  est   tombé  à  l'eau  et  son   avenir   professionnel   est   menacé.   Me Nadine   Touma,  qui   représente l'accusé,  a  indiqué   qu'il   ne   constitue   pas  un danger   pour   la   société. (…) « Je veux mettre fin au silence.  Le secret était devenu un poison dans mes veines. Je regrette de ne pas m'être révélée  plus tôt. II m'a fallu plus de vingt ans pour trouver le courage nécessaire qui m'a permis de m'affranchir », a déclaré - Judith Trickey-McCullough. victime, maintenant parvenue à l’âge de  41 ans et mère de quatre filles.   Au début de mon adolescence, j'étais une romantique. J'avais un grand besoin d'affection  et je faisais confiance aux adultes. Je  n'avais pas le droit de refuser ce qu'il faisait... C'était mon lot de devenir le jouet  sexuel de mon beau-père. Je me sentais sale et dégoutante entre ses mains. J'étais terrorisée à l'idée que ça se sache. Je commence  à peine à me réconcilier avec mon corps », a-t-elle ajouté. Pour moi, c'est un être lâche et pathétique », a confié la victime, qui réside maintenant sur la Rive-Sud de  Montréal. Élément déclencheur  « Un jour, Louis a parlé d'amener une  de mes filles en Europe, j'ai dit non. J'ai  regardé mon aie ... à cet âge, on ne peut  pas se proger des hommes monstrueux. Tout ce que je voulais, c'est protéger mes  filles. « Peu de temps après, ma mère a emmené  mes filles a mon insu voir Louis Goyette au restaurant et je l'ai su après en la confrontant. À ce moment-la, j'ai compris  que ma mère ne pouvait pas m'aider  à protéger mes enfants. Ce n'est pas un esprit de vengeance, ctait pour être sûre que ca arrête », a-t-elle ajouté, infiniment déçue d'avoir été « rejetée par sa mère» après lui avoir révélé son secret

Commentaire

 

Nous sommes tout à fait d’accord pour qu’un homme, ou une femme, pédophile ou non,  qui a agressé un enfant puisse être poursuivi et reçoive une sentence sévère. Le code criminel canadien prévoit, aux articles 150 et suivants qu’un enfant de moins de 16 ans ne peut donner un consentement, à des actes à caractère sexuel avec une personne en autorité. Il est clair que, dans le cas présent, M.Goyette, savait que Judith avait 14 ans. Enfin, comme il s’agit d’un acte criminel il n’y a pas de prescription,  il n’y a pas de limite de temps pendant la victime peut poursuivre.     

 

Cela dit,  deux questions méritent d’être posées.

(1) À propos de l’âge de «l’enfant »

- Selon Céline Bouchard, avocate «En général, les juges admettront en preuve, le témoignage d’un enfant de 14 ans et plus, comme celui d’un adulte, parce que normalement à partir de cet âge, l’enfant est en mesure de comprendre la nature du serment, c’est à dire qu’il est en mesure de comprendre le devoir de dire la vérité». (Canoe)

Nous comprenons très bien qu’il y a lieu pour la société des protéger des enfants et qu’il y a une marge entre dire la vérité et  donner un consentement éclairé à des avances sexuelles par une adulte.  Cela dit, comment se fait-il que l’on reconnaît à cette enfant de 14 ans la capacité de  témoigner correctement mais que l’on ne lui reconnaît pas la capacité de distinguer  ce qui bien de ce qui est mal. Pourtant n’a-t-elle  pas dit : «Je me sentais sale et dégoutante entre ses mains. J'étais terrorisée à l'idée que ça se sache. Je commence  à peine à me réconcilier avec mon corps.  » ? Cette ado explique qu’elle était romantique à l’époque. Deux fois par mois, pendant deux ans? Il fût un temps où les enfants devenaient adultes trop tôt. On a l’impression qu’à force de vouloir les protéger on les infantilise jusqu’à trop tard.        

(2 À propos de la responsabilité de la mère et l’élément déclencheur  

La question se pose aussi de savoir comment il se fait que cette ado n’ait  pas eu le réflexe d’aller raconter les manœuvres du beau-père à sa propre mère?  Que dire de cette mère, où- était-elle donc la mère durant ces deux années?   Pour quelle raison n’est-elle pas tenue conjointement responsable des torts causés à sa propre fille alors que, de toute évidence, elle connaissait la situation puisque c’est délibérément à son insu qu’elle avait amené les filles au restaurant avec Goyette  ? Cette question nous apparaît d’autant plus légitime que, selon ses propres dires, c’est  cet incident qui a été l’élément déclencheur et le parti de sa mère contre elle, après vingt ans  de relative harmonie. En d’autres termes, le beau-père écope parce que la mère n’a pas joué son rôle. Et nous ne devons pas y voir une once de vengeance ?        

 Enfin, compte tenu de ce qui précède, on comprend mal que la procureure n’ait pas fait comprendre à Judith  que son action judiciaire tardive était une action mal avisée puisque le qualificatif « lâche et pathétique» pouvait s’appliquer tout autant sinon plus à sa mère. À croire, que les avocates qui dominent maintenant la Direction des affaires judiciaires et législatives au ministère de la Justice  n’en ont pas fini de régler des comptes. Semaine après semaine, elles sont prêtes à déterrer des dossiers  vieux d’un quart de siècle  pour satisfaire ce qui nous semble être une misandrie sous-jacente car on ne peut expliquer autrement que cette cure judiciaire soit préférée  à une cure psychologique que la société offre à moindre frais.

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(1) Voir dans la Chronique L’agression sexuelle «L'avocat peut guérir, beaucoup mieux que le psychiatre, les filles qui ont eu des relations sexuelles avec des pédophiles, des parents incestueux et des adultes. Pourquoi pas les femmes battues ? (2007)

 (2)  Le Journal de Québec 13avril  2010 p. 5