DPF 23- Quand les féministes réécrivent l’histoire-. Montréal a maintenant été «cofondée» par Jeanne-Mance. Bientôt, Québec sera cofondée par Hélène Boullé ou Catherine de Saint-Augustin.

 

 HOMME

D'AUJOURD'HUI

accueil

 

C’est un fait qu’au Québec, comme dans plusieurs autres pays, les femmes sont entrées tardivement dans la vie politique dans les régimes  démocratiques alors qu’elles avaient été plus actives dans certains régimes monarchiques. Ce paradoxe s’explique tout simplement parce que la propriété du sol a remplacé l’hérédité comme source de «pouvoir politique» et que, dans ces sociétés,  les hommes détenaient la propriété parce que ce sont eux qui s’étaient approprié les terres et les cultivaient. Aujourd’hui, les restrictions au droit de vote sont pratiquement inexistantes. 

Cela dit, il est assez  amusant de constater que, récemment, nos féministes, farouches partisanes de l’égalité de fait entre les femmes et les hommes, ont trouvé le moyen de réécrire l’histoire en fonction de ce «nouveau principe fondamental de notre société». Nous avons vu  qu’elles ont obtenu  ici que les statues de quatre femmes politiques soient installées, d’abord, sur la promenade des premiers ministres même si aucune d’elles n’avait occupé cette fonction, puis, à côté de la statue de Maurice Duplessis, le Premier ministre qui a cumulé le plus grand nombre de mandats électoraux1.

Nous assistons  maintenant à une «refondation de la Ville de Montréal »  sous la pression de ce même mouvement financé par les deniers publics.    

 

1-  Proclamation  de la Ville  de Montréal

«En conséquence de quoi, en ce 17 mai 2012

Le conseil municipal de la Ville de Montréal reconnaît  le  rôle exceptionnel de Jeanne Mance dans

I'établissement, la survie et la consolidation de la mission de Ville-Marie, en la proclamant fondatrice de Montréal à l’égal du fondateur Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve »

Gérald Tremblay, Yves Saindon  2

 2-  L’annonce dans les médias

 «Montréal reconnait officiellement le  rôle de Jeanne Mance dans la fondation de Montréal, en 1642, Elle l'élèvera jeudi au statut de fondatrice, aux côtés de Paul de Chomedey de Maisonneuve,  Ce jeudi 17 mai marquera le 370"anniversaire de la fondation de Montréal. Pour l'occasion, il y aura une réunion spéciale du conseil municipal en matinée pour officialiser la reconnaissance de Jeanne Mance comme cofondatrice, qui s'appuie sur un rapport de l'historien Jacques Lacoursière. Une réception suivra la réunion spéciale, en présence des invites du maire de Montréal.2  

3-  Les instigatrices

«La responsable de la culture, du patrimoine, de design et de la condition féminine au Comite exécutif de la Ville de Montréal, Helen Fotopulos. « Je me réjouis du fait que cette annonce reconnaitra Jeanne Mance comme fondatrice de Montréal au même titre que Paul de Chomedey, Sieur de Maisonneuve », a dit  Mme.Fotopulos. « Intimement liée a la fondation de Montréal et de 1'Hôtel-Dieu, Jeanne Mance a façonne l'histoire de Montréal. La reconnaissance que nous souhaitons lui donner vient réaffirmer toute l'importance que Montréal accorde aux valeurs d'égalité et de parité », a souligne l'élue municipale. Il y a  plus d'un an,  à la vielle de la Journée des femmes, Gerald Tremblay et Helen Fotopulos avaient annoncé conjointement Ie début du processus de reconnaissance de Jeanne Mance. » 3

Note

-- La  Culture et la  C«ondition féminine vont de pair, comme au gouvernement provincial. C’est assez chouette, elles peuvent se téléphoner  et régler leurs  problèmes  entre elles.   

-- Il ne fait aucun doute que cette décision  se veut une concrétisation de la politique de l’égalité de fait entre les femmes et les hommes.

-- Nous savons que «le 18 mai 2004, la Ville de Montréal a donné suite à l’un de ses engagements en créant le Conseil des Montréalaises, une instance consultative qui s’emploie à donner une plus grande place aux femmes dans la vie démocratique et politique»

 

4-  Le révisionnisme historique

 

4.1 Un petit problème de date

Tous s’entendent pour dire que Montréal a été fondée en 1642 par  Maisonneuve.

«Soldat, il combat dans des guerres européennes avant d'être envoyé par la Société Notre-Dame de Montréal pour prendre possession de leur concession dans le Nouveau Monde (l'Amérique). Choisi pour fonder une colonie sur l'île de Montréal, il arrive en Nouvelle-France en 1641. En 1642, il travaille à la construction de la fortification et de divers édifices de Ville-Marie. Il plante une croix au sommet du Mont Royal en 1643. Cette ville devient plus tard Montréal (…) En septembre 1665, Maisonneuve reçoit de l'intendant, Alexandre de Prouville de Tracy, l'ordre de retourner en France pour une période indéfinie. Après vingt-quatre ans à la tête de la colonie, il quitte Montréal pour de bon »  4

-- Or, selon une source, 5 Jeanne Mance arrive à Montréal en 1642. En somme, elle est  tellement   extraordinaire qu’elle fonde Montréal l’année même de son arrivée …un an après Maisonneuve.  

«Malgré de nombreuses difficultés, Jeanne Mance arriva pour la première fois à Montréal le 17 mai 1642 (…) L'Hôtel-Dieu de Montréal fut fondé le 8 octobre 1642 par Jeanne Mance. Toutefois, selon Jean-Claude Robert dans Atlas historique de Montréal s'appuyant sur Lucien Campeau, L'église de Montréal, la construction de l'Hôtel-Dieu débuta plutôt en 1645 et ne fut complété que plus tard la même année ou l'année suivante; l'auteur ne le précise pas. (…) Le 8 octobre 1645, l’hôpital de Ville-Marie était un bâtiment construit en bois et mesurait soixante pieds de long sur vingt-quatre de large. Il comprenait, à l’intérieur, une cuisine et une chambre pour mademoiselle Mance et une autre pour les servantes ainsi que deux pièces pour les malades. Ce premier hôpital servit jusqu’en 1654, alors qu’il fut remplacé par une autre construction plus vaste. On prévoyait construire à ses côtés un petit oratoire de pierre.(…) Pour fonder l’hôpital, Ville-Marie sera généreusement soutenue financièrement par Madame Claude de Bullion, qui ne voulait pas que l’on dévoile son identité. L’histoire désigne Madame de Bullion sous le nom de « Bienfaitrice inconnue ».

- Mais pour Jacques Lacoursière, au contraire, c’est Maisonneuve qui arrive après Jeanne Mance en 1641. «Le ou vers le 9 mai 1641, deux navires quittent le port de La Rochelle. À bord de l'un se trouvent Maisonneuve et vingt-cinq hommes; à bord du second, Jeanne Mance et douze hommes. La Gazette de France publie un entrefilet où il est question du départ : « La Damoiselle Mance, originaire de la ville de Langres, âgée de vingt-quatre ans, qui mène une vie très exemplaire et ne vit que de pain et d'eau, et à laquelle on dit que Dieu communique beaucoup de Grâces, y est aussi allée. » La Gazette, sans doute bien involontairement, rajeunit Jeanne Mance de dix ans!

Le ou vers le 8 août, Jeanne Mance arrive en Nouvelle-France. Quant à Maisonneuve, son navire aura des problèmes et ce ne sera, selon Marie-Claire Daveluy, que le 20 septembre qu'il rejoindra Jeanne Mance. Entre-temps, c'est Jeanne qui s'occupera des premiers colons.» 6

Note

Après 400 ans, on ne sait toujours pas avec certitude à quel moment l’un  et l’autre sont arrivés à Montréal. Même en acceptant la version de Lacoursière, le fondé de pouvoir, le gouverneur     de la Ville c’était Maisonneuve et non Jeanne Mance .7  Cela n’a pas empêché nos historiennes féministes de faire comme si  cela n’avait pas d’importance.

 

4.2   La relecture de l’histoire par quelques historiennes féministes de service 

De toute évidence,  il y a déjà un moment que les historiennes féministes préparaient le terrain pour la consécration de Jeanne Mance  8.

-- «L'historienne Fernande Roy, dans le  numéro de l’été 1992 de la Revue d'histoire de I'Amérique française, donne a une partie de son article, sans doute avec un peu d'ironie, le titre suivant: « Une héroïne féministe: Jeanne Mance ». Elle souligne que, déjà en 1909, mademoiselle Mance était qualifiée de « féministe avancée ». Mais elle précise que le médecin Hervieu ne réfère pas à la notion « moderne» du féminisme. Pour lui, Jeanne Mance « savait accomplir des actes de courage et d'endurance qui semblaient au-dessus des forces d'une faible femme »

-- « La biographe de Jeanne Mance, Françoise Deroy-Pineau, est catégorique : « Jeanne Mance, en soignant les gens, en les dépannant, en les écoutant sans compter son temps ni sa peine, agissant selon son cœur et non selon son portemonnaie, selon un esprit de don et non selon un rapport marchand, tissait à la fois un réseau de rapports humains harmonieux, mais aussi I’étoffe d'une société nouvelle. En ce sens, elle n'est pas seulement cofondatrice de Montréal parce qu’elle a fondé I’ Hôtel-Dieu et en a assure la gestion - on I'oublie trop souvent de la première expédition des Montréalistes; elle est cofondatrice de Montréal parce qu'elle a crée un pôle de liens sociaux qui empêchait I’exclusion. Dans son Hôtel-Dieu, il n'y avait pas de distinction entre pauvres ou riches, amis ou ennemis, Français ou Amérindiens, hommes ou femmes, tous et toutes trouvaient un accueil sans restriction.»

-- «En 1983, le Collectif Clio, compose des historiennes Micheline Dumont, Michèle Jean, Marie Lavigne et Jennifer Stoddart, publie une Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles. Selon les auteures, « les historiens s'accordent à dire que le rôle de Jeanne Mance a été plus  déterminant, dans ce projet, que celui de Maisonneuve; en fait, jusqu'à ce que Ville-Marie ne devienne partie ingrante de la Nouvelle-France. En 1663, Ville- Marie devient Montréal». Fernande Roy, commentant cette citation, fait remarquer que, « cette affirmation péremptoire ne s'appuie pas sur de nouvelles recherches. II s’agit simplement d'une relecture, d'une nouvelle mise en scène ». Roy termine son article par cette phrase légèrement ambiguë : «Il ne reste plus qu’à faire de Jeanne Mance  la véritable fondatrice de Montréal. » 

Note

On doit apprécier le crescendo. D’abord «féministe avancée», puis un «pôle de liens sociaux » et enfin «la véritable fondatrice de Montréal.». Tout cela est évidemment faux. Elle n’était pas féministe au sens moderne du terme – Elle n’était pas un pôle de liens sociaux puisque les Iroquois n’ont cessé d’attaquer la colonie, puisque les «canadiens» (nés ici) se sont vite distancés des métropolitains,  puisque qui dit régime seigneurial  dit qu’il y a des seigneurs et des serfs, puisqu’il est  évidemment normal que le seul hôpital dans une bourgade soigne tout le monde.    

 

4.3  Les oubliés

Forcément en axant son attention sur une seule femme e on omet de prendre en compte d’autres cofondateurs potentiels.

- «Pour Dam Guy-Marie Oury, La Dauversiere doit être considéré comme « I'homme qui a conçu Montréal ». C'est d'ailleurs Ie titre de son ouvrage publie en 1991. Michel Langlois est du même avis et va même plus loin en affirmant que La Dauversière est « le véritable fondateur de Montréal ». Ce fut aussi l'avis de Camille Bertrand qui a publie, en 1947) Monsieur de La Dauversière, Fondaleur de Montréal et des ,Religieuses  hospitalières de Saint-Joseph, 1597-1659.» 9

Et que dire des Jean-Jacques Olier de Verneuil (qui participe à la fondation de la « Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France »), Angélique Faure de Bullion  aussi  Membre de la Société Notre-Dame, qui a  aidé, par ses dons, à la construction de  l'Hôtel-Dieu de Montréal  et à la grande Recrue de 1653 qui a sauvé la colonie.  

 

4.4 Et pour faire avaler la pilule, un historien rose bonbon

 

On imagine que thèse de la «cofondation» de Montréal par Jeanne Mance aurait été passablement plus suspecte si un historien connu ne l’avait pas accréditée. Jacques Lacoursière écrit dans son rapport :

-- «II n'est pas question ici de révisionnisme historique mais plutôt du regard contemporain porte sur le rôle considérable joue par Jeanne Mance dans la fondation de la ville.»10

-- «Pour toutes ces raisons et pour les « compte tenu» énumérées par I’historien Jean~ François Leclerc, le directeur du Centre d'histoire de Montréal, qui justifient aussi les raisons qui légitiment une telle désignation:

• compte tenu des connaissances confirmées sur elle, de son rôle actif auprès de Maisonneuve, de I'opinion de ses contemporains, du souhait exprime par les générations antérieures;

• compte tenu du concept de fondateur

compte tenu de notre regard contemporain sur le rôle des femmes et le souhait de leur  redonner  une place que les sociétés du passé avaient plus de mal a reconnaitre;

je recommande, qu'en 2012, Montréal reconnaisse I'apport exceptionnel de Jeanne Mance à l'établissement de Ville-Marie, future Montréal, en la déclarant fondatrice.» 11

Note

En somme, on refait l’histoire -1- avec les yeux d’aujourd’hui,- 2-  on change la définition de fondateur  -3- on donne suite aux demandes de groupes de pression qui voudraient bien que l’on vante les mérites d’un ancêtre ayant les mêmes croyances religieuses, politiques, économiques  sociales ou … (moins compliqué encore ) appartenant au même sexe.    

 

5. Il ne reste plus qu’à nommer  Hélène Boulé,  ou encore,  Catherine de St-Augustin cofondatrice de la ville Québec

5.1 Hélène Boullé

«Durant son séjour en France, Samuel Champlain épouse Hélène Boullé, une jeune fille de douze ans, dont le père est huissier à la cour et « secrétaire de la chambre du roi ». À cause du bas âge de « l'épousée », le contrat de mariage stipule que la cohabitation des époux est remise à deux ans plus tard, mais Champlain touche dès la signature 4 500 des 6 000 livres de dot, une somme qui lui assure une sécurité financière [note 13] sans ruiner sa belle-famille [21]. Les fiançailles ont lieu le 29 décembre 1610 à Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris. Née calviniste, Hélène Boullé se fait catholique deux ans plus tard [note 14].

En 1620, Hélène Boullé accompagne Champlain à Québec. Elle s'y ennuie, malgré la présence de son frère Eustache Boullé, qui vit à Québec depuis 1618, au service de Champlain. En 1624, elle retourne en France pour y demeurer définitivement.

En 1633, Champlain quitte à nouveau la France, sans elle, où il meurt à la Noël 1635, sans postérité. Elle n'hérite pas de lui, sans cesser pour autant de vivre à l'aise à Paris [22]. »12

Note

D’accord, avec le regard d’aujourd’hui, Champlain était un vieux dégoûtant d’épouser une fille de 12 ans er de recevoir une dot impressionnante en échange de ce service. Aujourd’hui, un type d’une vingtaine d’années qui toucherait une fille de 14 ans  pourrait être poursuivi en dommages-intérêts jusqu’à 50 ans après le fait. Aujourd’hui, non seulement la doit est-elle  disparue mais c’est  l’homme qui doit aussi faire vivre sa femme et qui doit partager sa fortune en deux en cas de séparation. Cà c’est le progrès social.

Par ailleurs, Hélène Boullé, en vertu du même regard,  pourrait sûrement se qualifier comme cofondatrice de Québec puisqu’elle a aussi été une féministe avancée en plaquant Champlain pour retourner vivre en France parce qu’elle s’ennuyait à Québec. Pas chanceuse elle n’a pas héritée de lui, quelle injustice..      

 

5.2 Catherine de Saint-Augustin

« L'Hôtel-Dieu de Québec fut fondé en 1639 par trois Augustines originaires de l'Hôtel-Dieu de Dieppe. Les hospitalières venaient concrétiser le projet de la duchesse d'Aiguillon, nièce de Richelieu, de fonder un hôpital en Nouvelle-France. En outre, l'hôpital a été administré par Catherine de Saint-Augustin, co-fondatrice de l'Église du Canada.»13

Note

 Si Jeanne Mance est cofondatrice de Montréal parce qu’elle a administré l’’Hotel- Dieu  il  nous semble, avec le regard  d’aujourd’hui, que Catherine de St-Augustin devra avoir le même titre puisqu’elle a  administré  l’hôpital de Québec bien avant elle.  

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(1) Sur ce site Voir Au Québec une femme peut avoir sa statue sur la Promenade des  Premiers ministres sans avoir jamais occupé un tel poste. Un nouveau produit de la discrimination positive. Addendum déc. 2011

(2)http :.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/prt_vdm_fr/media/documents/proclamation_Jeanne_Mance.pdf

(3) Le Journal de Québec 13 mai 2012 p. 15

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_de_Chomedey,_sieur_de_Maisonneuve

(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel-Dieu_de_Montr%C3%A9al

(6) Jacques Lacoursière  Rapport final «Jeanne Mance et la fondation de Montréal» 5 mars 2012 mars 2012 - -rapport remis à la Ville de Montréal  p. 23

(7) ibid  p. 4 : «L'archiviste Édouard-Zotique Massicotte a compilé les 123 actes de concession de terres effectués par Maisonneuve, premier gouverneur de Montréal. À cela s'ajoute la « quinzaine d'ordonnances et règlements rédigés, lus, publiés et affichés par les soins de M. de Maisonneuve»..

(8) ibid   p.19

(9) ibid  p. 6

(10) ibid p. 4

(11) ibid p. 30

(12)WIKIPEDIAhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_de_Champlain#H.C3.A9l.C3.A8ne_Boull.C3.A9

 (13) http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel-Dieu_de_Qu%C3%A9bec