E-3 (14) Les débuts de l’École nationale d’administration publique et la carrière de l’un de ses premiers artisans.

                                                                  André Gélinas  

 

HOMME

D'AUJOURD'HUI

accueil

 

 

Table des matières

Avant Propos

-Il ne s’agit pas de l’histoire officielle de l’ÉNAP

-Il ne s’agit pas non plus de mon autobiographie

 

1- Les raisons d’être de ce document

1.1. La première raison : la déception que j’’ai ressentie à la lecture de certains documents traitant, notamment, de ma contribution à  l’établissement de l’ÉNAP     

1.2. La deuxième raison : la difficulté que j’ai éprouvée à  faire reconnaître cette contribution par l’attribution par L’ÉNAP d’une bourse d’étude portant mon  nom

 

2. Ma  formation

2.1   2.1 Les études

(i) Les colleges.docx

(ii) L'Universite de Montreal.docx

(iii) Le London School of Economics and Political Science.docx

2.2 L’enseignement à l’Université Laval

 

3. Les péripéties de la formation des administrateurs publics au gouvernement du Québec

3.1 Le contexte administratif

3.2  Les diverses expérimentations de formation des administrateurs publics  

3.3 Le choix de l’institution chargée de dispenser la formation À l’époque, il existait trois modèles.    

(i)  Le premier modèle, une institution privée.

(ii) Le second modèle, une institution gouvernementale placée directement sous la direction d’un  ministère.

(iii) Le troisième modèle, une institution universitaire.

3.4 La  solution de L’ENA, forcément temporaire

 

4. La création de l’École d’administration publique, constituante de l’Université du Québec  1969 -1974

4.1 Le contexte

(i)    Les réactions

(ii)   Les mandats

(iii)  Les dirigeants  Roland Parenteau Directeur général,  André Gélinas, Directeur des études

(iv)   Les premiers employés et la localisation

4.2  L’articulation  des priorités   

(i)  Le programme de formation ; une maîtrise en administration publique

(ii)  La répartition des tâches

(iii) La direction des études et de la recherche

(iv) La mécanique d’implantation

(v)  Le recrutement des professeurs et des chercheurs  

(vi) L’ouverture de l’ÉNAP à des étudiants à temps partiel

 

5- La fin abrupte de l’aventure de l’ÉNAP

 

6- Entrée et séjour dans la fonction publique 

6.1 Le  ministère de la Justice – Directeur de la recherche 1974-1976

6.2 Le Conseil du trésor- Conseiller aux projets spéciaux auprès du Secrétaire (1976-1980)

6.3 Le ministère du Conseil exécutif-Conseiller cadre à la réforme administrative (1980-1983

6.4 Le Centre d’Études politique set administratives du Québec –le CEPAQ.- Directeur de la recherche puis Directeur (1982-1986)

6.5  Le ministère du Conseil exécutif, Secrétaire adjoint à la Réforme administrative. (1986-1995

 

7. La retraite (1995)… et l’après retraite

7.1  Les publications

7.2 L’animation du site www.hommed’aujourd’hui.ca (2006-   )

7.3 Le désir de favoriser la recherche en administration publique par un étudiant méritant

(i) À l’ÉNAP ?

(ii) À l’Université Laval  (2014)

 

8. Conclusion

 

Notes

Chronologie des travaux et publications

00000

Avant-propos

Certains s’étonneront de ce que le site www.hommedaujourdhui.ca. publie un document d’une quarantaine de pages sur ce  sujet bien particulier. La réponse tient en deux temps  D’une part, on peut maintenant lire sur Internet des ouvrages beaucoup plus considérables mais il est douteux que d’autres sites s’intéressent à un texte centré principalement sur  la contribution d’une personne à la création de cette institution et sur sa carrière. D’autre part, ce document traite aussi d’un moyen de combattre le décrochage scolaire des garçons, une question qui est jugée assez importante pour faire l’objet d’une chronique spécifique de ce site. Cela dit, deux précisions s’imposent.

 

-Il ne s’agit pas de l’histoire officielle de l’ÉNAP

Je n’ai pas la prétention d’avoir écrit l’histoire officielle des origines de l’ÉNAP. Je n’ai pas eu accès aux archives de l’institution  ni interrogé  les diverses autres personnes qui ont été impliquées dans sa création. Je me suis servi de mes dossiers personnels que j’avais conservés bien plus par manie que dans un dessein préconçu et, bien  entendu, de divers documents publics. J’ai aussi eu recours à ma mémoire qui, comme celle de plusieurs, peut avoir des failles, mais qui peut aussi graver des choses vécues.  Enfin, je ne prétends pas  relater tous les événements qui ont marqué le développement de l’institution puisque je n’ai été en poste que durant les cinq premières années de son existence et que j’en ai été, ensuite, éloigné. Bref, je soumets humblement ce document en étant bien conscient de ses lacunes mais en espérant qu’il pourra servir à rédaction d’une vraie histoire de l’ÉNAP.

 

-Il ne s’agit pas non plus de mon autobiographie

En voulant retracer les premières années de l’ÉNAP, pour les raisons qui apparaissent ci-dessous, il m’a bien fallu  faire état de ma participation dans la construction de cette institution. Pour justifier cette participation  je devais  démontrer que j’avais les compétences requises même si j’ai été  sûrement favorisé par le hasard d’avoir été au bon endroit au  bon moment. Dans ce but, j’ai été amené à donner des informations  sur mon instruction, ma formation  et, pour placer celles-ci en contexte, sur ma carrière professionnelle laquelle  englobe un retour à l’ÉNAP (à la direction du CEPAQ) et l’occupation de postes d’analyste-conseil dans des appareils centraux ainsi que la poursuite de travaux et de publications même après la prise de la retraite.

J’ai profité de l’occasion pour relater certains événements de ma vie personnelle qui, sans être transcendants, visent surtout à  colorer, humaniser et égayer un texte fondamentalement aride. Même si ce document prend, par moments, l’allure d’une biographie, j’ai exclu de ces  notes les informations concernant les membres de  ma propre famille car autant je les affectionne, autant ils méritent de ne pas être impliqués dans ce qui pourrait donner lieu à une controverse

 

1- Les  raisons d’être  de ce document

Il y a deux raisons qui m’ont amené à rédiger ce document sur la création, en 1969, de l’ÉNAP et sur les cinq premières années de cette institution qui a été associée de très près à la révolution tranquille et à la volonté du gouvernent d’alors d’instaurer une administration publique  moderne et compétente.

1.1 La première raison : la déception que j’’ai ressentie à la lecture de certains documents traitant, notamment, de ma contribution à  l’établissement de l’ÉNAP.     

  Il y a  quelques cinq ans  Michel Bédard, propriétaire de la  maison Les éditions Varia, m’informe qu’il a reçu une commandite de Marcel Proulx, directeur général de l’ÉNAP, pour rédiger l’histoire de cette institution et qu’il désire me rencontrer pour s’assurer de l’exactitude de certains faits, comme il le fait d’ailleurs avec d’autres témoins de l’époque. Il est l’auteur d’une monographie réussie sur L’Institut de Technologie supérieure mais je le connais surtout parce qu’il avait accepté,  en 2002, de publier mon essai  «L’équité salariale et autres dérives du féminisme au Québec», ce qui requerrait un courage certain.  

  Curieux de connaître sa version «indépendante» de l’histoire, je l’interroge, quelques temps après,  sur la date de la parution de ses travaux.  Bédard me raconte que  Proulx a emporté le manuscrit à Paris, pour examen mais, qu’au retour, il  a mis fin à cette entreprise sans qu’il en connaisse vraiment  la raison. Proulx me dira plus tard (2014), que  dans sa première ébauche, Bédard avait fait un éloge dithyrambique d’un prédécesseur (Pierre De Celles) épris de l’enseignement universitaire et critiqué de la formation sur mesure appelée «perfectionnement». Bédard, à son tour, me dira à ce sujet qu’il avait aussi fait ressortir les mérites de Jean Lessard, le successeur immédiat de Parenteau, discrédité par plusieurs parce qu’il avait, notamment, crée un déficit de 1 million de dollars, notamment en dépenses somptuaires, en observant qu’il n’en avait pas moins assuré la survie de l’ÉNAP en multipliant les activités de perfectionnement en réponse aux demandes des divers  ministères et organismes et en élargissant le volet international de l’institution. Quoiqu’il en soit, j’ignore quel rôle on m’attribue dans  «cette histoire» n’ayant jamais été invité par le DG à en prendre connaissance, ne serait-ce que pour corriger d’hypothétiques erreurs de faits ou de perspectives. Chose certaine, on imagine mal  comment un  prochain  DG pourrait consentir à la publication  d’une histoire de l’ÉNAP qui ne ferait pas mention de cette mésaventure.

  Puis, coup sur coup, deux  personnes très impliquées dans le dossier à l’époque,  Roch Bolduc1, haut responsable de la Fonction publique  et Roland Parenteau, 2 le premier DG de l’ÉNAP  traitent de la mise en place de cette institution dans leurs mémoires de manière incidente car leur carrière de «mandarins» s’est étendue à plusieurs autres contributions. Il est vrai que la mémoire peut jouer des tours aux mieux intentionnés mais, en l’occurrence, il m’a été assez pénible de constater que ma  contribution y était réduite à fort peu de choses ou décrite de manière erronée. 3

  Il est sans doute normal que la personne qui reconstitue l’histoire à partir de ses propres souvenirs ait tendance à privilégier les gestes qu’elle a posés en ignorant ceux des autres, à mentionner ses bons coups et en oubliant ses mauvais. Personnellement, je suis d’avis que  même certains mauvais coups peuvent avoir une  valeur exemplaire. Par contre, il est moins normal qu’une personne, elle-même absente du décor, écarte une recherche appuyée sur les faits et en dénature le contenu.

 Bref, ma motivation, en rédigeant ce texte, est de relater des faits tels que je les ai vécus de manière à équilibrer, sinon à corriger, les impressions laissées par d’autres témoins de l’époque. J’entreprends donc de creuser davantage le sujet tout   en étant conscient de la difficulté qu’il y a à rallier les perceptions que plusieurs témoins peuvent avoir des mêmes événements.

 

1.2. La deuxième raison : la difficulté que j’ai éprouvée à  faire reconnaître cette contribution par l’attribution par L’ÉNAP d’une bourse d’étude portant mon  nom

  Cette deuxième raison est apparue comme un produit dérivé d’une autre préoccupation. En effet, au départ, je réalise, en 2012 que j’avais été privilégié de pouvoir poursuivre mes études malgré une situation financière précaire. Je suis aussi choqué, depuis un bon moment, comme plusieurs, de constater l’ampleur du phénomène du décrochage scolaire chez les garçons, indigné de l’inaction du  ministère de l’Éducation  et, enfin, outré de l’opposition de  divers groupes de femmes à toute proposition visant à corriger ce déséquilibre .4 Je connais l’existence du programme de bourses d’étude  «Chapeau les filles » mis sur pied par le ministère de l’Éducation pour inciter les filles à envahir les disciplines scolaires jusque là occupés principalement par les garçons, évidemment sans aucune contrepartie pour ces derniers. 

  Par curiosité je conduis un inventaire des programmes de bourses accordées exclusivement aux femmes  par nos universités francophones UQAM, Université de Montréal, Université Laval, Université de Sherbrooke et L’École nationale d’administration publique. Il ressort qu’en  2012 et 2013 ces établissements accordaient respectivement 208 et 160  bourses  réservées exclusivement aux femmes 5 lesquelles  ont également accès aux bourses non exclusives alors qu’il n’y a aucune bourse réservée exclusivement aux hommes.

  En consultant le répertoire de l’ÉNAP je découvre qu’elle a institué deux bourses d’excellence, au nom de Roland Parenteau, le premier DG, et de Gérard Bergeron, un professeur invité. Je crois, peut-être naïvement, que contribution à l’édification de l’ÉNAP est au moins égale à celle d’un professeur invité.  Bref, il me semble pouvoir atteindre non seulement mon deuxième objectif mais, d’une certaine manière aussi, mon premier puisqu’une bourse d’étude portant mon nom et réservée à un étudiant masculin intéressé particulièrement à l’organisation gouvernementale serait une marque d’appréciation de ma contribution à l’ÉNAP.

  Je relate à la section 7.3 mes rapports récents avec le Directeur général actuel de l’ÉNAP, Nelson Michaud, justement à propos d’une telle bourse d’étude.  Cette saga, assez loufoque, commence en 2012 et se conclut par un engagement de ce dernier à faire adopter, en juin 2014, «une politique de reconnaissance aux bâtisseurs» de l’ÉNAP. Nous sommes en  septembre 2014 et, depuis lors, c’est silence radio dans la tour du boulevard Charest. Il m’a donc fallu prendre une autre orientation. En effet, on verra plus loin que j’ai pu atteindre cet objectif mais au bénéfice d’une autre institution.

  En somme, ce document est, d’’abord, une description de ma contribution à la création de l’ÉNAP et  à son développement durant ses cinq premières années d’existence, de manière à équilibrer sinon à corriger, les impressions laissées par d’autres témoins de l’époque. Il s’agit, pour moi, d’une réalisation dont je m’enorgueillis, (tout en étant conscient que d’autres personnes sont aussi justifiées de partager les mêmes sentiments), mais qui n’a pas, à mon sens, reçu l’appréciation qu’elle mérite.

  Ce document est aussi un compte-rendu de mes démarches dans le but d’instituer une bourse d’étude, à mon nom, destinée à encourager un étudiant à s’intéresser à un domaine que j’ai toujours prisé. On comprend que les deux préoccupations se sont rejointes d’une certaine façon.

  Enfin, ce document recense les différentes étapes de ma formation  et de  ma carrière car celles-ci sous-tendent et confortent, me semble-t-il, la présente démarche.

  Bien sûr, il aurait été souhaitable que d’autres se chargent de cette tâche mais il est apparent que ceux qui ont été en mesure d’agir étaient ignorants du fait qu’une institution se bâtit avec le support de ses artisans et avec la reconnaissance de cette institution envers ces derniers.    

 

2-Ma formation

Il m’est apparu  nécessaire de faire état, à ce moment-ci,  de ma formation, au risque de paraître plastronner, tout simplement parce qu’il explique comment j’ai pu être  intimement lié à la création de l’ÉNAP. Encore une fois, je suis bien conscient de la chance que j’aie eue

 

2.1 Les études

  Habituellement, dans ce genre de document, on s’en tient aux études universitaires mais il m’apparaît que le  niveau collégial est aussi important  et que, dans mon cas à tout le moins, il a été une étape charnière. Mais pour éviter d’alourdir le texte j’ai réuni les informations pertinentes dans trois  PDF que peuvent consulter ceux qui le désirent. Ceux qui s’en abstiendront ne subiront évidemment aucune pénalité mais ils pourraient éprouver plus de difficultés à établir certains liens.

 (i) Les collèges.

(ii) L'Université de  Montreal.pdf

(iii) Le  London School of Economics and Political Science.pdf

  Pour résumer, en1962, je suis détenteur d’un Licence (LLL) et d’une Maîtrise en Droit (LLM) de l’Université de Montréal et d’un MSC (Econ) du  LSE, j’ai une femme et un enfant mais pas d’emploi. Logiquement, je fais des démarches, d’abord, auprès de L’Université de Montréal, l’alma mater, en vue d’être embauché comme  professeur en administration publique au Département de Science politique. Elle ne démontre aucun intérêt. Toujours à Londres, je vis des heures plutôt angoissantes. Il y a bien aussi l’Université Laval, siège du gouvernement provincial et qui, selon une autre logique, serait plus appropriée et qui pourrait être intéressée à retenir mes services.

 

2.2 L’enseignement à l’Université Laval

  Peu de temps après, je reçois une lettre du Département de Science politique de l’Université Laval. Émile Gosselin, professeur, responsable de l’enseignement en administration publique m’écrit le 10 mars 1962 pour me dire qu’il a entendu parler de moi par des collègues (?) et que la Faculté m’était ouverte à  titre d’étudiant au doctorat ou de professeur, comme  je le désirais. Au LSE, le doctorat était considéré comme une invention étrangère non nécessaire pour l’enseignant mais, en revanche, il devait être détenteur d’une maîtrise. Échange de lettres, puis le directeur du DSP, Léon Dion m’écrit le10 mai pour me dire qu’il entreprend des démarches auprès du Doyen pour que je sois engagé comme professeur auxiliaire. Je fournis mon dossier académique complet ainsi qu’une attestation de Miss A.M. Bohm, directrice du LSE. Le 20 juin 1962, une lettre du Recteur, Mgr Louis-Albert Vachon m’informe que, sur recommandation du Doyen, mes services sont retenus comme assistant professeur de carrière au DSP à partir du 1 er juillet 1962 : Un énorme soulagement, une confirmation de la justesse  de mes choix antérieurs mais surtout un très fort encouragement à poursuivre dans la même voie.

  Ce département compte déjà dans ses rangs, en plus de son directeur, des professeurs de renom comme Gérard Bergeron, Vincent Lemieux, un milieu de travail très stimulant. Plus spécifiquement, j’y rejoins Émile Gosselin pour étoffer une «option  en administration publique». Gosselin est un véritable pionnier en administration publique à qui je suis heureux de  rendre hommage aujourd’hui.

  C’est dans ce contexte que je peux explorer, dans mes enseignements, plusieurs des  composantes de l’Administration, à raison de deux à quatre cours (12 heures) semaine, au niveau du  baccalauréat et de la maîtrise; la charge d’enseignement comprenait notamment un cours d’introduction à l’administration publique, suivi par des étudiants de tous les départements de la Faculté des Sciences sociales (une centaine), ainsi que des cours sur l’organisation gouvernementale, le contrôle de l’administration par les tribunaux (le droit administratif), la fonction  publique, l’entreprise publique et la gestion des dépenses publiques.  

  Comme le veut la règle, le professeur doit aussi conduire des recherches et publier. En 1964, avec la collaboration de Roch Bolduc, un haut fonctionnaire qui avait poursuivi des études à l’Université de Chicago et qui donnait aussi un enseignement en administration publique, je mets au point le premier Bottin Administratif du gouvernement du Québec. Il présente l’organigramme et la mission des divers  ministères et organismes, décrit sommairement chacun de leurs services et présente les fonctionnaires qui les dirigent  En 1965, je rédige «L’organisation formelle de l’exécution du plan », avec Vincent Lemieux. «L’administration provinciale dans le territoire pilote » dans Annexe technique au plan de développement 1967-1972 du Bas St-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-madeleine pour le compte du  BAEQ.

  En1968, je publie  «L’activité gouvernementale -Le Budget programme»- (95 p) pour le compte du Conseil d’orientation économique, dirigé par Roland Parenteau. Le budget- programme est une innovation américaine de contrôle des dépenses publiques. Je réussi à implanter cette nouvelle technique dans l’administration québécoise grâce à l’aide d’un  coopérant enthousiaste, Daniel Perlstein, d’un comptable flegmatique, Michel Poitras, qui, par son  réseau, connaissait toujours les vrais chiffres et avec l’appui de Michel Duchesnau,  sous-ministre des Terres et Forêts, qui autorise André Lachance à conduire une expérience pilote laquelle nous permet de concrétiser la démarche.  

  Après quelques années,  un économiste, conseiller du Premier ministre, Jacques Parizeau, y mettra fin car elle avait l’inconvénient de rendre transparents les objectifs poursuivis par les interventions de l’État, les moyens financiers accordés et les résultats obtenus par une analyse coûts-bénéfices. On préfère, semble-t-il, une formule hybride où les crédits budgétaires sont répartis, tantôt par unités administrative, tantôt par activités ce qui nous empêche de prendre conscience de la nature des nombreuses interventions de l’État dans les divers secteurs et sous-secteurs, éducation (3 niveaux), santé, richesses naturelles (forêts, mines, eau, vent), transport (routier, fluvial, aérien) et de chercher à les rationaliser au-delà  des pressions des divers groupes. On va aussi préférer prétendre réduire les dépenses de l’État en augmentant l’efficience des technocrates (jugés trop puissants et non imputables)- «ils devront faire plus avec moins» et en réduisant l’effectif des fonctionnaires (jugés trop nombreux)- Tout cela, bien entendu, sans couper dans les services à la population mais tout en «investissant» des centaines de millions en pure perte  dans des «secteurs prometteurs»,  comme l’amiante (SNA),la papeterie (Gaspesia), plus récemment  l’éolien et l’hydrolien.

  En  somme, par intérêt,  les partis politiques, les médias l’intelligentsia et les groupes de pression font croire à la population que l’État possède  la solution à tous les problèmes. Il s’ensuit une augmentation constante des taxes, impôts et emprunts. À leur tour, les divers segments de  la population, craignant de perdre des services particuliers qu’ils croient payer moins cher qu’ils le devraient (les riches payant la balance!) et ignorant volontairement les emprunts faramineux  qui plombent l’économie, punissent par une défaite aux urnes le parti politique qui prétend réduire l’intervention de l’État, même par équité pour les générations à venir. Il va sans dire que ces derniers constats n’avaient pas cours à l’époque. Il s’agit de réflexions qui appartiennent plutôt aux années 2000  et qui ne sont pas encore partagées par la majorité des électeurs, me semble-t-il.

  La même année, je publie également  « L'administration publique provinciale », dans Sabourin, Louis (éd.) : «Le système politique du Canada : institutions fédérales et québécoises». Ottawa, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1968, (pp  269-285). (Cahiers des sciences sociales, 4). Toujours en 1968, appuyé par Léon Dion et Vincent Lemieux, je dirige un séminaire de recherche avec une quinzaine d’étudiants, tant de science politique que d’administration publique,  lequel débouche sur la publication  «Les parlementaires et l’administration au Québec » (PUL-1969) qui remporte le prix de la Province en 1970, section Sciences sociales. Malheureusement, les célébrations sont très discrètes car la remise des prix a lieu en pleine crise d’Octobre par un  ministre très inquiet dans une salle du Complexe G mise sous surveillance policière. Cela dit,  il est toujours gratifiant de constater que la plupart de ces  étudiants ont fait une belle  carrière soit dans l’administration publique soit dans l’enseignement  universitaire.11

  Les sept années qui suivent mon arrivée au DSP de l’Université Laval, sont assez intenses.12.Parallèlement, pour ainsi dire, la conduite et la supervision de projet de recherches, la confection  de recueils de lectures pour chaque cours, ainsi qu’une bonne  charge d’enseignement ont fait en sorte que ma période de vacances ne dépasse jamais 15 jours 13.

  En effet, en plus de mes travaux  au baccalauréat et à la maîtrise en science politique, je dois aussi enseigner dans le cadre du programme en administration publique instauré par Émile Gosselin en 1961, destiné aux «fonctionnaires de niveau intermédiaire ou supérieur » qui désiraient «accroître leur polyvalence». Il fait appel à des ressources professorales venues  des divers départements de la Faculté des sciences sociales et du gouvernement. Ce programme est offert le soir pour accommoder justement ces personnes déjà en emploi. Il s’agit pour moi d’un  défi particulier parce que tous ces «étudiants» sont plus âgés et expérimentés que moi et que je dois utiliser des concepts qui collent à la réalité sans posséder moi-même un réel vécu administratif. Je me souviendrai toujours de ces hommes, venus de Chicoutimi, qui traversaient le Parc des Laurentides, en pleine  tempête de neige, pour assister à mes cours. Il n’y avait pas de meilleure motivation.

  Cela dit, il devient clair que ce «programme du soir» ne peut constituer une réponse définitive  au problème de la formation des cadres du gouvernement si ce n’est à cause des contraintes de temps et d’accessibilité sur le plan géographique qu’il impose aux étudiants. 

 

3.- Les péripéties de la formation des «administrateurs publics» au gouvernement du Québec  

3.1 Le contexte administratif

  Il faut bien considérer qu’au début des années 1960 on n’a pas encore mis en place la  réforme la plus fondamentale, soit l’instauration d’un «régime de mérite», un système qui permet à l’employeur, le gouvernement, de s’assurer qu’il choisit les meilleurs parmi tous les candidats susceptibles de combler un poste. Le gouvernement fédéral avait instauré un  tel régime dès 1918, suivant l’exemple du gouvernement britannique. Les partis d’opposition et l’intelligentsia avaient suffisamment dénoncé le patronage et le népotisme des gouvernements précédents  pour que cette réforme constitue l’assise de la Révolution  tranquille.  En effet, il faut attendre 1967 avant que le gouvernement adopte  un règlement imposant à tous les ministères et organismes l’obligation de recruter et de promouvoir les ouvriers, fonctionnaires, professionnels et cadres dans la Fonction publique  par la voie de l’émission d’une liste d’éligibilité confectionnée par un  organisme «indépendant»,  la Commission de la fonction publique, à la suite de concours ouverts, comprenant, à la fois, des tests et des entrevues de sélection par des jurys.

  Par ailleurs, l’organisation de la fonction publique repose sur les descriptions des tâches et responsabilités de chacun des employés lesquelles sont regroupées dans ce que l’on appelle le «position plan». Ce système, copié de l’entreprise privée, a l’avantage de bien cerner les fonctions de chacun des emplois et de les hiérarchiser. Il a toutefois divers inconvénients; la description peut varier selon celui qui l’a fait, il arrive que deux emplois identiques ne soient pas décrits de la même manière, il est plus difficile, dans ce contexte, de faire en sorte que les individus puissent devenir plus mobiles au gré des besoins de l’appareil administratif, à l’instar des Fonctions publiques européennes, donc de  faire  carrière dans la fonction publique, ce qui constitue, selon certains, un gage de continuité, de stabilité et d’efficience.

  Enfin, à l’époque, les fonctionnaires sont recrutés  dans les diverses  ministères et organismes, sur la base d’une discipline professionnelle particulière – (le génie au  ministère des Transports, la comptabilité au Revenu et aux Finances, le droit à la Justice, la médecine à la Santé etc.)- Cette pratique assure la qualité technique des décisions de production mais toute organisation doit aussi accomplir des tâches «administratives» dont la planification, la direction et  la coordination des activités de plusieurs unités de travail, la gestion des ressources financières et humaines, l’utilisation des technologies de l’information. Or, l’accomplissement de  ces tâches ne fait pas nécessairement partie de la formation  «professionnelle» des individus et c’est donc à l’occasion  d’un avancement, d’une promotion à un poste de cadre intermédiaire ou supérieur qu’ils doivent se familiariser avec des problèmes de nature  administrative. En somme, ils se forment sur le tas avec ce que cela implique comme lacunes.

  Bref,  il y a consensus à l’effet que la qualité de l’administration sera accrue par la mise en place d’une formation  «administrative» des  personnes devant occuper des postes de cadres.   Encore fallait-il  préciser la nature des besoins de formation envisagés.

 

3.2 –Les diverses expérimentations en formation «des administrateurs publics» 

Au début des années 1960 , le ministre René Lévesque s’enquiert de la possibilité pour  l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) de Montréal de préparer un programme de formation des administrateurs publics. Roland Parenteau lui répond que cela devrait être possible en ajoutant quelques cours portant sur le secteur public au programme destiné aux administrateurs privés.14 La Faculté des Sciences  sociales de la même université s’oppose à ce projet et demande d’être  chargée de cette mission. Il n’y a pas de suite à Montréal mais l’Université Laval , à Québec, prend l’initiative.

  En 1961, comme  nous l’avons vu, le Département de Science politique de l’Université Laval (Émile Gosselin)  a mis sur pied un programme de formation en administration publique, donné en cours du soir et destiné aux fonctionnaires, de «niveau intermédiaire ou supérieur» qui «désirent accroître leur polyvalence». Le programme regroupe des enseignements utiles à la gestion des affaires publiques (notamment  des départements de science politique, d’économique, de relations industrielles et de sociologie) parce que le cadre organisationnel et les règles de gestion du secteur public sont largement différents de ceux du secteur privé.

  En 1965, le gouvernement du Québec décide, en 1965, d’envoyer quelques fonctionnaires de niveau professionnel suivre un stage à l’École nationale d’administration de Paris (ENA) afin de favoriser leur polyvalence en vue de leur accession à des postes de cadres. À cette fin, la Commission  de la fonction publique constitue un jury de sélection, dont je fais partie, et qui tient ses séances dans les locaux de l’Université Laval. Il va sans dire que cette décision sonne le glas du programme de l’Université Laval en 1966.

  En 1967,  le ministre de la Fonction publique, Marcel Masse demande à L’Association  des diplômés en administration publique – composée des anciens de l’ENA- de lui indiquer les moyens à prendre  dans le but de favoriser la qualité des serveurs de l’État»  Il reçoit le rapport en 1967 qui lui indique qu’il y a deux  types de besoins qui doivent être satisfaits : des besoins de formation et des besoins de perfectionnement. Il décrit la formation comme  «l’action d’enseigner un  métier à une personne afin de lui permettre d’améliorer son rendement dans un emploi particulier» et le perfectionnement comme «un  processus grâce auquel une personne se développe, acquiert de nouvelles connaissances, habitudes ou attitudes et élargit ses horizons ».

  Malheureusement ce vocabulaire ne décrit pas toute la réalité. En effet, on peut aussi envisager :

--une formation générale, complémentaire à une formation  professionnelle de base,  destinée à élargir les horizons de certains individus, en leur inculquant le sens de le vue d’ensemble et des interrelations, sens qui permet de distinguer l’administrateur du spécialiste. Cette polyvalence recherchée impliquait la maîtrise de connaissances communes en matière d’administration publique.  Et

-- un perfectionnement destiné à  améliorer le rendement  de divers individus simplement en mettant à jour leurs connaissances  à l’égard des nouvelles règles, concepts et principes  relatifs à l’accomplissement de certaines tâches bien précises ou encore en leurs transmettant des connaissances dans un domaine (ex : gestion financière) qui leur  était jusque là étranger.

  Cela dit, on comprend que le comité souhaite, d’une part, que l’on donne à de  jeunes professionnels prometteurs qui le désirent  une formation générale, complémentaire à leur spécialité de base de manière à les rendre aptes à œuvrer partout dans l’appareil gouvernemental au gré des besoins. Cette polyvalence recherchée implique la maîtrise de connaissances communes en matière d’administration publique.

  Le comité  désire aussi, d’autre part, que l’on développe des sessions de perfectionnement lesquelles pouvaient porter sur un assez grand nombre de matières et  s’adresser à une aussi grande  variété d’employés puisque autant les changements organisationnels et les mutations  que les nouvelles politiques gouvernementales pouvaient commander l’acquisition de  nouvelles connaissances pour certains et  la mise à jour des connaissances pour d’autres.

  Précisons qu’il était exclu, alors, que cette formation générale soit donnée à de jeunes étudiants sans expérience de travail. L’approche était donc celle du MBA ou de l’Urbanisme; une formation complémentaire pour un  professionnel déjà formé dans une discipline de base. Quant au perfectionnement il s’adressait évidemment aussi à des fonctionnaires en exercice mais sans exigence d’expérience puisqu’il s’agissait de combler des besoins spécifiques de connaissances dans une variété de domaines. Il restait encore à déterminer l’identité de l’institution qui serait chargée de dispenser cette formation, ce perfectionnement.

 

3.3 Le choix de l’institution chargée de dispenser la formation. À l’époque, il existait trois modèles.

  Il est logique de penser que, selon que l’on accorde la priorité à la formation  générale ou au perfectionnement spécialisé, on aura tendance à privilégier  un modèle institutionnel plutôt qu’un autre. On ne peut pas nier qu’il y a eu à cet égard une partie de souque à la corde avant que l’on  finisse par s’entendre sur une formule.

 (i) Le premier modèle, une institution privée.

  Le Brookings Institution de Washington donne des sessions de formation à des cadres supérieurs du secteur privé mais aussi du secteur public. En Grande Bretagne, le «Administrative Staff College de Henley on Thames», crée  en 1945  réunit aussi des cadres des secteurs privé et public  Une rencontre entre des cadres très supérieurs de grandes entreprises et des  ministères du gouvernement permet sans doute de favoriser leur cohésion sur le plan international. 

Cette hypothèse est rapidement écartée étant donné l’absence de personnes et d’entreprises  québécoises  d’envergure suffisante.  

 (ii) Le second modèle, une institution gouvernementale placée directement sous la direction d’un  ministère.

  En France, L’ENA relève du Premier Ministre. À Ottawa, le Centre canadien de gestion est devenu l’École de la fonction publique du Canada en 2009, elle est dirigée par un sous-ministre. Aux États-Unis,  le «Federal executive Institute» sera établi en 1968; relève du «Office of personnel management», son directeur est nommé par le Président.

Ce modèle est suggéré par l’Association  des diplômés en administration publique – composée des anciens de l’ENA- dans un premier rapport remis au ministre de la Fonction publique, Marcel Masse  en janvier 1967. Cette «École d’administration publique» devait voir à la formation des cadres du gouvernement provincial mais aussi des secteurs  municipal, scolaire, universitaire et fédéral, après entente. Elle devait relever du  ministre de la Fonction publique  dont la création était anticipée. À la direction de l’École devait être adjoint un conseil consultatif composé de représentants officiels du gouvernement, d’associations de fonctionnaires, de diplômés en administration publique;« le ministère de  l’Éducation devait y conserver un  intérêt approprié».

 (iii) Le troisième modèle, une institution universitaire.

  Nous avons vu qu’au début des années 1960, il a été question que .l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) soit chargée de la formation des cadres de la Fonction  publique en ajoutant tout simplement quelques cours spécifiques portant sur le secteur public mais que  la Faculté des Sciences  sociales de l’Université de Montréal s’y était fortement opposée. En fait cette option impliquait  un choix entre les facultés de Gestion des affaires  et de Sciences sociales des trois universités francophones, l’Université de Montréal, l’Université  Laval de Québec et l’Université de Sherbrooke. Il est clair que  la solution  adoptée en 1965 pour sortir de l’impasse montréalaise  a  aussi emporté le programme du soir de formation en administration publique donné par l’Université Laval.

3.4 La  solution de L’ENA, forcément temporaire

  Il convient de revenir ici sur  l’expérience de l’ENA pour mieux expliquer pourquoi elle n’a pas été maintenue.

  Comme nous l’avons vu en 3,2, le gouvernement décide, en 1965, d’envoyer quelques fonctionnaires de niveau professionnel suivre un stage à l’École nationale d’administration de Paris (ENA) afin de favoriser leur polyvalence en vue de leur accession à des postes de cadres. Plusieurs de ces stagiaires obtiennent rapidement des promotions jusqu’aux postes de sous-ministre dont Pierre Martin, diplômé de la première vague, qui jouera un  rôle important par la suite et Yvon Saindon qui implantera un nouveau plan de classement dans la Fonction publique en s’inspirant du système  français .

  Toutefois, cette solution ne peut être que temporaire pour diverses raisons :

  Premièrement, elle n’apaise pas la grogne des universités. En janvier 1967, Jean-Jacques Bertrand,  le  ministre de l’Éducation, institue  «Le Groupe de travail chargé d’étudier les problèmes de la formation et du perfectionnement des administrateurs publics», notamment pour entendre les représentations de ces universités. C’est à cette occasion que l’Association  des diplômés de l’ENA remet son  premier rapport en avril 1967 mentionné plus haut dans lequel elle préconise la création d’une école relevant directement du MFP. Or, non seulement ce  ministère n’existe pas encore mais  il n’y a pas de cadre légal pour  «des écoles  ministérielles ».   

  Deuxièmement, le cadre organisationnel gouvernemental n’a pas de correspondance  avec celui qui prévaut au Québec et au Canada.

  Troisièmement, la gestion gouvernementale est fortement structurée par le droit administratif français lequel diffère sensiblement du droit administratif anglais en vigueur ici.

  Quatrièmement, on peut être en désaccord avec le mode de recrutement des étudiants de l’ENA, en l’occurrence, un accès réservé  aux jeunes étudiants les plus méritants formés eux-mêmes dans une institution préparatoire axée sur une discipline, la science politique. À la différence, la dispensation d’un complément de formation en «administration publique» à des personnes formées dans les diverses disciplines universitaires (professionnelles) est la pratique la plus largement répandue en Amérique du Nord. De plus, ce besoin de complément de formation peut aussi prendre la forme de courtes sessions spécialisées dans des domaines particuliers comme la gestion  des ressources humaines ou financières.

  Cinquièmement,  on peut mettre en cause le fait que L’ENA relevait du bureau du Premier  ministre et non d’une institution  universitaire, dégagée des pressions politique de toutes sortes. En fait, la création de nombreuses Grandes Écoles, spécialisées dans des secteurs bien précis (les  mines, les ponts et chaussées)15 relevant de  ministres sectoriels a eu pour effet de fonctionnariser la formation  des professionnels tout en enfermant celle-ci dans des silos, sans profiter d’un lieu d’échanges comme peuvent l’être les universités.

  Bref, le stage à l’ENA pouvait être désirable comme complément de formation en permettant un exercice d’analyse comparative mais non en tant que formation  de base. Consulté par Pierre Martin, à ce sujet je suggère plutôt de mettre sur pied un programme d’administration publique du même type que le MBA pour les entreprises privées.

  Enfin, il se produit un revirement de situation qui paraît régler, à la fois, le problème de la rivalité inter universitaire et celui du cadre légal. Dans un deuxième rapport remis en juin 1968 à Marcel Masse ministre d’État à la Fonction publique et à Jean-Jacques Bertrand, ministre de l’Éducation, l’Association des diplômés de l’ENA propose, la solution du troisième modèle. Comme dans toute bonne pièce de théâtre classique, apparaît  effectivement un  «Deus ex machina»

 

4. La création de l’École d’administration publique, constituante de l’Université du Québec  1969 -1974

4.1 Le contexte

  En effet, les deux membres les plus influents du Groupe de travail déjà mentionné, opèrent la synergie  requise. Pierre Martin  revenu de son  stage à l’ENA, a été chargé de «la planification», sous Paul Gérin-Lajoie, (Libéral) au ministère de l’Éducation nouvellement crée (1964). Il est à l’origine  de la création notamment des CEGEPS (1967) et de l’Université du Québec (1968) sous Jean-Jacques Bertrand (Union Nationale). Il est maintenant vice-président à la nouvelle Université du Québec et sera mon premier mentor.  Pour sa part, Roch Bolduc. Commissaire à la fonction  publique, est nommé sous- ministre du  ministère de la Fonction publique aussi nouvellement crée, il sera mon second mentor..

Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si le « Groupe de travail »  dans son rapport  du 15 juin  1968, recommande  la création  d’une «École nationale d’administration publique » (ENAP) en tant que constituante de l’Université de Québec, laquelle  doit être crée en 1969.16 

   (i) Les réactions

Il semble que, même après la création formelle de l’ÉNAP, des pressions aient été exercées dans le but de transférer l’école à l’Université Laval  mais le dossier était peu convaincant, semble-t-il, car on n’y prenait même pas la peine de distinguer la gestion de l’entreprise privée de celle  l’administration gouvernementale. Cette confusion des genres était d’autant plus facile que plusieurs fonctionnaires étaient inscrits au MBA et que, selon une certaine école de pensée, les règles de gestion sont universelles et identiques dans tous les secteurs d’activités. 17  Il a été effectivement ardu de la dissiper tant auprès des professeurs que des étudiants et il n’est pas certain qu’encore aujourd’hui la majorité des individus saisisse les conséquences de la substitution du marché politique – soutenu par un financement imposé à des individus regroupés par strates de richesse-  à l’économie de marché -soutenue par des contributions volontaires individuelles-  pour arrêter et évaluer respectivement les choix publics et l’efficacité de leur application.  Chose certaine, ce sont les économistes et non les Écoles de commerce qui ont signalé ces différences comme ce sont les politicologues qui ont mis en lumière les caractéristiques particulières des divers processus de gestion dans le secteur public.

   (ii) Les mandats

«Le Groupe de travail» fait une recommandation tout aussi stratégique, il précise les mandats que  l’ÉNAP doit réaliser : «cette école doit être un instrument de perfectionnement et de formation des cadres de la fonction publique ainsi qu’un instrument de recherche  

  (iii) Les dirigeants  Roland Parenteau Directeur général,  André Gélinas, Directeur des études

C’est en 1969, avant même la création officielle de l’École, que Pierre Martin pressent Roland Parenteau, ex-professeur aux Hautes Études Commerciales (HEC), directeur-général de l’Office de planification du Québec (antérieurement le Conseil d’orientation économique) pour agir comme premier Directeur général et qu’il me demande  de devenir  le premier Directeur des études et de la recherche de l’institution. Avec cinq autres professeurs de l’Université Laval qui passent à l’Université du Québec – dont un vice-président, j’obtiens un congé de deux ans sans solde pour les fins de ma contribution  au régime de retraite.

  Parenteau et moi  partons tous les deux pour Paris rencontrer les dirigeants de l’ENA. Des rencontres cordiales, dont certaines sont suivies d’un champagne à 11 heures du matin, ce qui a pour effet de modifier un peu l’accent. Nous devons annoncer à nos hôtes la fin du programme du stage annuel de fonctionnaires québécois  tout en leur demandant de bien  vouloir  assurer la tenue d’un stage différent et  plus court. Ils comprennent la situation et accordent leur appui au  nouveau projet. 

  (ivLes premiers employés et la localisation

  Au retour nous  nous installons aux Appartements Le Claridge, 200  Grande Allée est. Nous  recrutons les premiers employés de l’ÉNAP, Claude Archambault qui devient le Secrétaire, deux femmes à l’administration et deux secrétaires. Puis, après avoir refusé de nous  installer dans le couvent des Ursulines, déserté depuis la laïcisation des écoles, parce que les locaux étaient manifestement trop spacieux nous aboutissons dans une ancienne école normale anglaise rue Mont-Carmel, dotée d’une bibliothèque donnant sur  un  magnifique petit parc où l’on pouvait jouer à la pétanque mais surtout, d’un salon des étudiants, au sous-sol, où je ferai installer des échiquiers sur lesquels seront affichés les noms des vainqueurs des tournois.

  C’était l’époque où la dynamique académique pouvait prendre forme sans les intermédiaires modernes comme les iphones, tablettes etc. Un jour, je suis fortement invité par les étudiants (dans le genre «vous n’aurez pas le courage») à affronter un des leurs, Gordon Ritchie, fonctionnaire fédéral, mais aussi «maître aux échecs», qui sera, d’ailleurs, un des futurs  négociateurs du Traité de libre échange Canada US. Résultat : un match nul. J’ignore s’il a fait exprès mais, chose certaine, ceux qui avaient lancé le défi s’éclipsent en douce. Je me retire alors  dans mes terres, avec une auréole que je suis encore, à ce jour, le seul  à avoir pu observer. C’est aussi dans cette salle que Claude Archambault préside diverses festivités dont la raison d’être demeure souvent obscure mais qui détendent certainement l’atmosphère dans les périodes difficiles que constituent la remise des projets d’intervention, la dépression classique du mois de novembre (le «blues» des examens) avant l’apothéose de la graduation. 

 

4.2  L’articulation des priorités

  Nous prenons conscience que les travaux du Groupe de travail sont demeurés muets quant à la manière de réaliser les mandats soit sur le contenu des «instruments de formation générale, de recherche et de perfectionnement» et, plus important  encore,  quant à la priorité à accorder à l’un et aux autres. C’est un fait qu’aucune des instances qui avait examiné ou recommandé la création d’un établissement de formation des cadres ne s’était engagée dans  «la mise en application», même  entendue dans un sens large

  Parenteau et moi n’avons pas le temps  d’épiloguer sur les avantages ou les inconvénients de cette situation. Nous disposons d’un an pour mettre au point «ces instruments». Nous  convenons que c’est le programme de formation générale qui doit, d’abord, retenir l’attention parce que le plus exigeant à plusieurs points de vue  et ce malgré de fortes pressions pour que le perfectionnement arrive en tête de liste.

  (i) Le programme de formation ; une maîtrise en administration publique

Nous raisonnons que nous ne pouvons pas entrer en compétition avec le programme de MBA- notre principal concurrent- sans élaborer un programme de formation de même niveau, c’est-à-dire, sans l’assortir d’un diplôme de maîtrise, avec examens et attribution de notes aux étudiants. Nous ne pouvons pas, non plus, faire fonctionner un  tel programme sans recruter un corps professoral. Ce dernier devait être à temps plein, en partie du moins, car il lui revenait d’encadrer les étudiants et de conduire les recherches nécessaires à l’adaptation des enseignements à notre Administration. En effet, il est vrai qu’il existait déjà une littérature abondante dans le domaine    mais elle était en langue anglaise et concernait soit les entreprises privées soit des institutions étrangères et  nous devions donc produire notre propre documentation et à cette fin conduire notre propre recherche. Enfin, nous pourrions avoir recours au même corps professoral  dans certaines sessions de perfectionnement.    .

  (ii) La répartition des tâches

  Roland Parenteau chargé de la direction générale et de l’administration se réserve le secteur du perfectionnement et embauche Jacques Mathieu pour l’assister. J’ai bien tenté de faire en sorte que le programme de perfectionnement soit soumis à la Commission  des études et de la recherche pour faciliter l’arrimage avec l’enseignement et la recherche mais la démarche a échoué. Le Directeur général a invoqué que dans ce secteur, l’École devait privilégier ses rapports avec les diverses administrations  et être imputable au ministère de la Fonction publique. Il semble, en effet,  que ce  ministère ait été chargé  de formuler les besoins de perfectionnement de ces diverses administrations.

   (iii) La direction des études et de la recherche

Directeur des études.jpg

En tant que directeur des études et de la recherche je suis chargé d’élaborer le contenu du programme de formation, une maîtrise en administration publique. Dans ce but, j’entreprends de visiter, sur un période  d’environ un  mois (un avion aux deux jours), les principaux campus universitaires de l’est des États-Unis qui offrent des programmes en administration publique. Au cours des multiples rencontres avec les responsables très coopératifs de ces établissements je réunis une masse de documents. J’en extrais les programmes d’étude et j’en dégage ce qui me semble être les principales composantes à savoir :

a) la connaissance du milieu : les institutions politiques et administratives et leurs interrelations;

b) les techniques et les processus de gestion : ressources humaines et financières, information, leadership  etc.;

c) l’analyse des politiques gouvernementales par les disciplines de base : science économique, science  politique, sociologie.

  Quelque temps avant l’ouverture des inscriptions le gouvernement nous informe que le programme va s’adresser aux futurs cadres, en pratique à des fonctionnaires et à des employés du secteur parapublic de niveau professionnel (i.e. sans nécessairement qu’ils possèdent la scolarité requise), de disciplines aussi différentes que l’agronomie ou les soins infirmiers. Nous nous réjouissons que des fonctionnaires du gouvernement fédéral et du gouvernement du Nouveau-Brunswick s’ajoutent à la cohorte  québécoise.

  Les «étudiants» devaient tous avoir au  moins trois années d’expérience et être retenus lors d’une entrevue par un jury, à la suite d’un test psychométrique  et sur recommandation du supérieur, dont les motifs pouvaient être variables. Ils étaient dégagés avec salaire, voyaient leurs  dépenses défrayées par leurs ministères.  Un avancement d’échelon serait accordé à l’étudiant qui compléterait  sa scolarité mais il n’avait aucune assurance quant au poste qu’il occuperait alors. Ce sera là un motif de déception pour plusieurs, comme il sera constaté plus tard, mais il semble  que 54,% des étudiants  qui avaient espérés un meilleur emploi à la sortie considéraient quand même avoir bénéficié de la formation reçue. 18   

  On imagine aisément qu’il est quasiment impossible, dans un tel contexte, de prétendre déterminer avec précision  le contenu et surtout le niveau d’un enseignement qui doit rejoindre une clientèle aussi diversifiée et «étagée». Malgré toutes craintes que je pouvais entretenir à cet égard je devais mettre au point la mécanique d’implantation.

  (iv) La mécanique d’implantation

  Il m’incombe donc de :

--  traduire ces composantes en cours de 45 heures répartis sur une période de 16 mois à temps plein.

-- présenter et défendre, tableau à feuilles à l’appui, les grandes composantes et le programme de maîtrise auprès du Groupe de travail déjà mentionné, des instances supérieures de l’Université du Québec, puis auprès d’un comité de ministres (Raymond Garneau, Claude Castonguay…) qui, avec raison, avaient besoin d’être rassurés sur le sérieux de l’entreprise.  Apparemment, ces rencontres ont l’effet désiré puisque l’ÉNAP a reçu, par la suite, tout le support requis tant de la part de l’université que du gouvernement.

-- mettre au point le règlement des études et maintenir sa rigueur malgré les critiques de certains représentants étudiants à la Commission des études qui souhaitent être évalués uniquement sur des travaux de groupe, invoquant le fait que, dans la fonction publique, bien des tâches sont accomplies par des comités   Il faut rappeler qu’à l’époque  une mode pédagogique  faisait de l’élève, un auto-éduquant et du professeur, un accompagnateur. En fait, poussant plus loin leur logique, les mêmes contestataires invoquent la qualité du processus de recrutement pour évacuer toute évaluation. Je m’oppose fermement à ce qui nous aurait conduits à l’attribution de diplômes collectifs ou sur la base d’une variante du principe de l’ancienneté. Étonnamment, les professeurs présents lors  d’une séance toute aussi dramatique que déterminante pour l’avenir de l’institution regardent au plafond comme s’ils n’étaient pas concernés. C’est Roland Parenteau qui, en m’appuyant, in extremis, sauve la mise. Il faut convenir que le remplacement des notes chiffrées par des lettres, en vertu du Règlement des études de l’Université du Québec, avait  réduit les tensions mais, de mon point de vue, il avait aussi réduit la rigueur de l’évaluation par certains professeurs plutôt craintifs devant leur auditoire. La  thèse de maîtrise est  remplacée par un Projet d’intervention dont le contenu a été, il faut l’avouer, de  niveau variable;

-  recruter les premiers membres du corps professoral à temps plein  (Jean-Luc Migué,  Roland  Hurtibise, Claude Morin, André Gingras,  Jocelyn Jacques,) et à temps partiel (Jean Lessard…) ainsi que les premiers chercheurs (Maurice Demers, Germain Julien…) ; Parenteau a aussi recruté quelques professeurs (Michel Paquin….)

participer à l’entrevue de  sélection des étudiants 

organiser les premiers stages à l’ENA  de Paris et au Brookings Institution conjointement avec la Civil Service Commission à Washington. Dans ce dernier cas, il s’agit d’une expérience inédite car aucune administration canadienne n’avait obtenu ce privilège. Claude Archambault assurera le suivi subséquemment mais la collaboration avec Brookings cessera à mon grand regret devant, semble-t-il, le manque d’intérêt des étudiants.    

- dispenser un enseignement sur l’organisation gouvernementale. Toutefois,  comme le cours devenait une occasion pour certains étudiants – dont les deux fonctionnaires fédéraux en particulier-  de débattre de questions qui relevaient de la Commission des études, j’ai préféré donner cet enseignement à l’UQAM ;

recruter un bibliothécaire et voir au développement des collections avec la collaboration des professeurs et chercheurs 

  Parallèlement, je dois aussi :

prendre part aux décisions du comité exécutif de l’ÉNAP

présider la Commission des études et de la recherche et représenter l’ÉNAP à la Commission des études de l’UQ;

évaluer le corps professoral, une tâche des plus délicates puisque les étudiants sont appelés à donner aussi leur appréciation,  ce qui pouvait donner à un échange de bons procédés;

  Durant les premiers cinq ans l’ÉNAP j’ai disposé de toute la latitude requise pour organiser l’enseignement et la recherche. À aucun moment, aucun représentant du gouvernement ou de l’Université, y compris Pierre Martin et Roch Bolduc, n’intervient d’une quelconque façon pour suggérer, approuver  ou contester la nomination d’un professeur ou d’un chercheur. Le Directeur général est évidemment avisé  de mes choix mais il ne les remet pas en question pas plus que je ne questionne les personnes qu’il recrute au perfectionnement.

  (v) Le recrutement des professeurs et des chercheurs  

Cette question  mérite un plus ample développement. Logiquement, il s’agissait de dénicher des professeurs déjà chargés d’enseignement dans les composantes du programme que nous avions identifiées (voir plus haut 2.4 (iii)). J’ai vite réalisé que les ressources disponibles  tout en étant fort compétentes n’étaient pas très nombreuses, tant dans les universités existantes que dans la fonction publique. Des plus,  je me suis moi-même rendu compte que l’universitaire pouvait risquer de s’adonner à la construction de schémas théoriques plutôt que de s’arrimer aux réalités concrètes que vivaient les étudiants. Ainsi, dans mon cours sur l’organisation gouvernementale, je dissertais depuis un bon moment  sur le rôle très important des groupes de pression, des classes sociales  et des partis politiques lorsqu’un étudiant me demanda pourquoi je ne parlais pas du lieutenant-gouverneur dont le nom était pourtant mentionné dans toutes les lois. Quant au fonctionnaire «enseignant», il risquait d’épuiser sa matière en  quelques leçons, de verser ensuite dans l’anecdotique ou d’être menacé d’une réunion urgente avec le sous-ministre ou le ministre ce qui l’obligeait à remettre  son cours.  Je me souviens aussi de ce fonctionnaire à qui j’expliquais le syllabus du cours que j’envisageais en gestion financière  espérant qu’il voudrait bien le donner et qui me répondit qu’il serait intéressé à le suivre. Bref, je suis devenu conscient des exigences et des particularités des deux métiers et de la difficulté à les fonctionner en symbiose.

  Cela dit, il m’est difficile d’oublier aussi les petites commotions crées par l’embauche de deux professeurs en particulier. D’abord l’engagement de Jean-Luc Migué, diplômé de l’American University de Washington était audacieux car adhérait à l’école libérale de Milton Friedman alors qu’à l’époque le pouvoir politique favorisait un vigoureux interventionnisme étatique. J’étais tout à fait conscient de la situation mais je croyais qu’il fallait éviter que nos ENAPistes se comportent comme les Énarques  et  confortent le pouvoir politique dans sa conviction que l’État était la solution à tous les problèmes et se dispensent de conduire les analyses rigoureuses qui devaient précéder les interventions.  De la même manière, la nomination de Claude Morin, en 1971, comme professeur de relations intergouvernementales souleva un questionnement lorsqu’en 1973 il annonça  soin adhésion au Parti Québécois. Diplômé de l’Université Columbia de New York, il avait été professeur de politique économique au département de Science politique de l’Université Laval. Il avait invité par Jean Lesage, en 1963,  à prendre en charge le dossier des relations fédérales-provinciales, tâche qu’il avait menée à bien  sous quatre premiers ministres  (Lesage, Johnson, Bertrand, Bourassa). Il nous semblait  évident qu’il avait le bagage requis pour donner le meilleur enseignement possible dans un  domaine névralgique et, que, dans l’accomplissement de cette tâche, il était capable de se distancer de ses propres opinions politiques, comme d’ailleurs tous les autres professeurs qui œuvrent dans les «sciences sociales ».

  Enfin, mon jugement ne devait pas être si déficient si l’on considère que deux des quatre directeurs généraux de l‘ÉNAP qui ont immédiatement suivi Roland Parenteau avaient été embauchés par moi comme professeurs et chercheurs.

  (vi) L’ouverture de l’ÉNAP à des étudiants à temps partiel

  C’est après de longs débats et avec beaucoup de réticence que l’ÉNAP accepte d’inclure dans le programme des étudiants à temps partiel qui ne pouvaient pas se permettre un congé de plus d’un an, notamment ceux qui étaient employés dans le secteur parapublic ou municipal et étaient dispersés sur l’ensemble du le territoire. Le fait de ne pouvoir être en contact quotidien avec des confrères et d’échanger des expériences et connaissances nous semblait constituer un obstacle majeur à leur admission. Toutefois la motivation de ces derniers modifie notre façon de voir  et fait  en sorte que l’on se résout à poursuivre l’expérience. Le réseau formé par les constituantes de l’Université du Québec nous permet de rejoindre les concentrations d’employés à Montréal, Trois-Rivières, Chicoutimi, Gatineau. Après avoir expérimenté un circuit de télévision bidirectionnelle entre le siège social et ces diverses constituantes on se rend compte que le déplacement du professeur était moins coûteux.

 5- La fin abrupte de l’aventure de l’ÉNAP

  Puis, en1974, à sa venue à la tête de l’Université du Québec le nouveau Président, Robert Després, comptable, MBA, qui a travaillé dans les entreprises privées puis devenu  sous-ministre du Revenu et qui a établi en 16 mois la Régie de l’assurance-maladie (1969)  demande  à tous les dirigeants des constituantes de remettre leur démission. Maurice Duplessis avait fait la même chose à ses  ministres; il conservait le document dans son bureau en cas de besoin. Mais, en l’occurrence, l’exemple venait plutôt de chez General Electric où l’on remplaçait ainsi les dirigeants  aux cinq ans. Il y avait pourtant une petite différence, ces dirigeants avaient fait toute leur carrière dans cette entreprise centenaire et ils se retiraient pour prendre leur retraite.

  L’ÉNAP avait 5 ans et nous étions loin de l’âge de la retraite. De là il fallait conclure que nous avions tous démérité. Son adjoint Robert Tessier, tout frais sorti de la présidence  des Jeunes libéraux, et chargé de nous aviser de la décision,  nous le fait d’ailleurs sentir avec une insolence certaine. Je découvrirai que c’est  chez lui un trait de caractère plus qu’une erreur imputable à sa jeunesse. Un  seul dirigeant refuse, le recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières qui deviendra d’ailleurs Président de l’UQ par la suite .Bref, nous n’avons jamais eu le temps de préparer correctement la transition. Heureusement, avant de partir, j’ai pu nommer le professeur Maurice Patry à la Direction des études. Le poste sera éventuellement supprimé par un individu ignorant des diverses composantes de  l’Administration publique mais déterminé à exercer un pouvoir absolu sur l’établissement.

  Jean Lessard, devient le nouveau DG de l’ÉNAP. Robert Tessier  nous a fait comprendre que lui   était un  vrai gestionnaire..., à la différence de Parenteau et de moi. Pourtant, durant ces cinq années L’ÉNAP avait, annuellement, déclaré un surplus que l’UQAM avait vite fait de rafler pour le «bien commun du réseau». Il était ce fonctionnaire du ministère de l’Éducation à qui j’avais demandé d’enseigner l’informatique puisqu’il y était chargé justement de ce service qui disposait d’un étage complet d’ordinateurs compilant des milliers d’informations sur tout le réseau. Malheureusement, il devait être remplacé fréquemment «parce qu’il avait une rencontre impérative avec le sous-ministre, ou mieux, le ministre». Rapidement, il plonge l’ÉNAP dans un déficit d’un million de dollars. À croire qu’il y a plusieurs définitions du  bon gestionnaire.

 

6- Entrée et séjour dans la fonction publique  

  Quoiqu’il en soit, en 1974, je dois me chercher un autre emploi car,  Roland Parenteau demeurant à l’École, sans doute pour tenter de préserver l’essentiel de l’œuvre, je ne vois pas la nécessité  d’un deuxième beau-père. D’ailleurs, je ne m’arrogerai jamais ce rôle par la suite.  Je fais mon entrée dans la Fonction publique. Il n’est sans doute pas  plus étrange  d’entrer dans la fonction publique après avoir enseigné l’administration publique que de suivre le cheminement inverse. Toutefois, dans mon  cas, je n’entre pas  par la porte royale.

6.1 Le ministère de la Justice – Directeur de la recherche (1974-1976)

  En effet, le poste de Directeur de la recherche est vacant au ministère de la Justice. Toutefois, le sous- ministre, Robert Normand, aussi diplômé en droit de l’Université de Montréal, a décidé que le titulaire de ce poste de cadre en question aurait le statut de contractuel, une pratique très peu répandue à l’époque, la sécurité d’emploi étant censée accompagner la carrière du fonctionnaire. A posteriori, je me dis que, comme  on imagine mal que le  ministère de la Ministère de la Justice puisse se dispenser d’une direction de la recherche, il fallait que le patron ait eu peu confiance dans le titulaire éventuel et se soit dit qu’il pourrait toujours s’en débarrasser à l’échéance du contrat en cas d’une mauvaise performance de sa part. Une considération qui ne s’appliquait pas à lui évidemment. Toutefois, à l’époque, j’étais très heureux que ma candidature ait été retenue.

  Durant les deux années qui suivent je dirige une petite équipe de trois chercheurs et je  rédige:

-  des avis  sur  les divers projets de politiques du  ministère.

-  le  Livre blanc  «Justice contemporaine » sous la direction du ministre Jérôme Choquette; avec la collaboration de représentants de divers ministères.

-  une analyse sur «l’accès aux documents publics et la protection de la vie privée».

  Je représente le ministère auprès d’un comité fédéral-provincial des ministères de la Justice et, dans ce cadre, je mets de l’avant une proposition d’entente internationale sur le rapt d’enfant à la suite de difficultés matrimoniales, laquelle a été conclue quelques années plus tard. Je représente également  le  ministère auprès d’un comité. fédéral-provincial sur les statistiques judiciaires

  Mon intérêt pour la discipline de l’administration publique n’en demeure pas moins vif. Parallèlement, j’occupe le poste de Rédacteur associé à la Revue Administration publique du Canada de 1975 à 1978 et celui de Président du Comité de recherche de l’Institut d’administration publique du Canada de 1975 à 1977.

  Ces responsabilités impliquent de nombreux échanges avec les professeurs et chercheurs universitaires ainsi qu’avec les associations jumelles de l’Institut d’administration publique du Canada .

IAPC.jpg

Lors d’un Congrès annuel, mon copain Joe Galimberti, le directeur exécutif de l’IAPC (1975-2006) et son «âme dirigeante» me fait la surprise de me remettre, devant l’assemblée réunie, un putter, un outil essentiel pour la pratique d’un de mes sports favoris -le golf-. Malheureusement, je suis assez  peu doué pour l’improvisation et je regrette, encore aujourd’hui de n’avoir pu, alors, lui signifier correctement mon appréciation pour son travail remarquable à l’Institut et pour ce geste  si sympathique à mon  endroit. 

 

  Enfin, je complète mon analyse sur la décentralisation fonctionnelle qui sera publiée sous le titre      « Les organismes autonomes et les appareils centraux» aux PUQ en 1975. Un autre candidat est choisi pour le poste régulier que je convoitais au  ministère de la Justice et un déplacement s’impose.

 

6.2 Le Conseil du trésor- Conseiller aux projets spéciaux auprès du Secrétaire (1976-1980)

Cette fois, je deviens un «vrai cadre supérieur» après une sélection par un  jury. Je suis nommé Conseiller aux projets spéciaux auprès du Secrétaire du Conseil du trésor, Jean-Claude Lebel  que j’avais  connu dans le cadre du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ). À la demande d’un responsable des ressources humaines, j’accepte  de passer du régime de retraite  des enseignants, (le RRE), au REGOP, beaucoup  moins avantageux,  comme je l’apprendrai trop tard.

  À  titre de conseiller aux projets spéciaux, je fais partie du Groupe  de travail chargé de rédiger une nouvelle Loi sur la fonction publique (1978) et je rédige un mémoire sur la coordination des négociations collectives dans les secteurs public, parapublic et des organismes du gouvernement ainsi qu’un projet de révision de la très importante Loi sur l’administration financière du gouvernement. Je constate alors que très peu de négociateurs ministériels ont une connaissance précise des objectifs patronaux de la négociation tout en étant rongés par les exigences de la mécanique.    

  Parallèlement, l’Institut d’administration publique du Canada me demande d’agir comme éditeur des actes de son colloque international de 1978 sur «L’entreprise publique et l’intérêt public» publié cette même année. La proximité du Club  des employés civils me permet de jouer au squash dans une des meilleures enceintes au pays et, ainsi,  de continuer à déguster un  morceau de gâteau au chocolat avant de me coucher.

  Mon patron, Jean-Claude Lebel, est très satisfait de  mon travail et le signifie dans le document d’évaluation  annuelle. 19 Malgré ce qui précède, les événements qui suivent ne conduisent pas à une prolongation de mon séjour au CT. En effet,  il arrive que Robert Tessier occupe aussi un poste sous la direction  de Lebel. . À la fin d’une réunion tenue dans une salle d’un  hôtel de la Grande Allée, Tessier, m’apostrophe devant tout le monde : «En tous cas, Gélinas, tu es toujours aussi univoque», commentant ainsi des documents que j’avais soumis. On devait comprendre soit  que j’abordais tous les problèmes de la même manière, soit que mes conclusions allaient toujours dans le même sens, manifestement une lacune selon lui  À tout hasard, je réplique : « Et toi, Tessier, tu es toujours aussi équivoque». On pourrait conclure à un match nul mais il est clair, pour moi, que je ne sortirai pas vainqueur à ce jeu, étant donné les appuis politiques dont il bénéficie et l’évolution de sa carrière le confirmera. Il y  a bien des façons de gravir les échelons dans la vie. On a observé,  il y a de cela très longtemps, 20 que l’un d’elles consiste, à la fois, à rabaisser les subalternes et concurrents et à flatter tout supérieur, le plus adroitement possible. Je conclus qu’il y va de mon intérêt de me trouver un autre emploi. Ma bonne étoile,  s’appelle Pierre Martin.  

 

6.3 Le ministère du Conseil exécutif- Conseiller cadre à la réforme administrative (1980-1983)

  Depuis 1978 Pierre Martin est le Secrétaire général associé «aux emplois supérieurs» au ministère du Conseil exécutif. Il est remplacé en 1981 jusqu’en 1986  par  Jean-Noël Poulin, Secrétaire général associé à la réforme administrative et aux emplois supérieurs  (SRAES).

Les deux volets de cette direction sont nettement séparés et je n’ai affaire que dans le second à titre de conseiller. Responsable de la confection de l’organigramme officiel du gouvernement et la classification organismes, je rédige aussi des avis sur les mémoires déposés au Conseil des  ministres dans la mesure où ils  comportent une dimension administrative 21. Pierre Martin quitte en 1981 puis, en 1982, il apparaît qu’un retour à l’ÉNAP, un milieu susceptible de bien m’accueillir, serait tout indiqué  à un moment de grand bouleversement dans ma vie personnelle 22.

 

6.4 Le Centre d’études politiques et administratives du Québec (CEPAQ).- Directeur de la recherche puis Directeur (1982-1986) 23

  En 1982, Jocelyn Jacques, a succédé à Louis Brunelle comme Directeur général de l’ÉNAP. Cette institution s’est enrichie depuis d’un Centre d’études politiques et administratives du Québec ainsi que d’une Mission gouvernementale. Pierre Van der Donckt, ex-sous ministre adjoint, a succédé à Bernard Bonin comme chef de la mission gouvernementale et Diane Wilhelmy a pris la relève  de François Poulin comme Directrice du CEPAQ. Une femme en tous points remarquable.  

Cette dernière souhaite que j’occupe  le poste de Directeur de la recherche et de  responsable de l’encadrement scientifique des projets de recherche des membres de la mission gouvernementale L’offre tombe à point, comme je l’ai noté plus haut et un  protocole d’entente, en vertu duquel mes services sont prêtés à l’ÉNAP pour un an, est signé entre le Secrétaire général du gouvernement, Louis Bernard, le Directeur général de l’ÉNAP, Jocelyn Jacques, Diane Wilhelmy et moi.

Je retrouve ainsi les chercheurs que j’avais recrutés aux premiers jours  de l’école (Germain Julien,  Monique Giard, Marcel Proulx) et avec l’accord d’un  jury de sélection j’’ajoute  Michel Leclerc, Richard Marceau, Pierre Simard que j’incite à  développer l’analyse de programmes.

  Je renoue également avec des fonctionnaires rencontrés dans la période précédente, Patrick Moran (Trésor) Michel Roy (Tourisme) Jean-Claude Sauvé (Éducation) Louis Champoux (Affaires sociales)

  L’année suivante, en 1983, Diane Wilhelmy démissionne, pour devenir Secrétaire générale associée à la Condition féminine. Je la remplace à la direction du CEPAQ et le demeure jusqu’en 1986 par un prolongement du prêt de services. Je comprends qu’elle avait planifié cette transition.

Je lance la Collection «Bilan et perspectives» justement pour faciliter la publication des travaux de recherches. 

Publications

Une brochure publiée, en 1986 par l’ÉNAP, intitulée «Centre d’études politiques et administratives du Québec», rapporte que ces chercheurs et les  six membres de la Mission gouvernementale  ont  produit une cinquantaine de publications entre 1980 et 1986. Ci-dessous la liste de mes propres contributions.

GÉLINAS, André. Avis au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation concernant les conflits d'intérêts. Québec, ENAP 1985, 72 p. et annexes. (Rapport présenté au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation).

GÉLINAS, André. « La commission parlementaire: mécanisme d'imputabilité à l'égard des sous-ministres et des dirigeants d'organismes. Administration publique du Canada, vol. 27. no 3. 1984. pp. 372-398.

GÉLINAS, André. « Les contrôles et services centraux au gouvernement du Québec o. Conférence prononcée au colloque organisé par l'ENAP et l'Académie fédérale pour l'administration publique de Bonn. Québec, 22 au 24 août 1983.

GÉLINAS, André. « La décentralisation fonctionnelle». Conférence prononcée au colloque sur La décentralisation: un enrichissement démocratique ou un effritement de l'État. Lac Delage, 31 mai et 1er juin 1984.

GÉLINAS, André. « Bilan sur les tribunaux administratifs et les régies ». Conférence prononcée à la Conférence des membres des tribunaux administratifs du Québec. Longueuil, 25 octobre 1985.

Recherche

Encadrement de cinq projets de recherche sur  les mesures gouvernementales destinées aux communautés culturelles, les communications gouvernementales, les politiques en  matière d’éducation, l’administration judiciaire et les relations culturelles internationales :

Animation, diffusion 

L’ENAP, avec le concours du CEPAQ, développe,  également, un volet d’animation par la voie de conférences  et de colloques notamment sur l’imputabilité, la décentralisation et la crise de l’emploi chez les jeunes, ce dernier  en collaboration avec l’IIAP de Paris, dont je rédige le rapport synthèse

Au Colloque annuel de la haute direction de la fonction publique québécoise en juin 1984, on trouvait parmi les conférenciers  André Gélinas, Louis Bernard et Roch Bolduc. Ce colloque était présidé par Robert Normand.

André Gélinas et Jocelyn Jacques de l’ ÉNAP avec Richard Guay et Pierre Lamothe de l’Assemblée nationale lors de la signature, en 1985, du protocole d’entente con cernant les sessions d’information  pour les nouveaux députés

(Revue française d’administration publique, janvier-mars 1984). Je  dois aussi organiser des colloques annuels  pour la haute direction de la fonction publique (administrateurs d’État et présidents d’organismes) et un programme d’accueil pour les nouveaux députés. Je publie «La surveillance des organismes par l’Assemblée nationale» en 1986

  Je suis toujours particulièrement intéressé par la question des contrôles et services administratifs centraux (1983). Il me semble opportun  que le gouvernement mette sur pied un mécanisme de révision et de maintien des organismes du gouvernement et des contrôles qui leur sont appliqués. Nous y reviendrons plus loin

  Par ailleurs, je vis très mal une relation  passagère avec la revue Actualité. Enveloppé dans le cocon universitaire j’avais toujours cru que l’on ne pouvait être jugé que sur  les paroles prononcées et les textes écrits. Je découvre qu’il est préférable qu’un fonctionnaire s’en tienne au mutisme même lorsqu’il est «en prêt de service» dans une institution universitaire. Au début de 1985, Jean Blouin, un journaliste de la revue Actualité, prépare un  article sur la fonction publique du Québec et me demande s’il pourrait éventuellement me consulter afin d’éviter de commettre des erreurs grossières Je veux bien  l’aider mais à la condition de conserver mon anonymat, puisque je suis toujours fonctionnaire  ce qu’il me garantit. Il me téléphone quelques mois plus tard pour me faire part de ses découvertes et obtenir mes réactions. J’accepte à la même condition mais, naïf, je le crois lorsqu’il me dit qu’il ne peut pas passer à mon bureau pour faire l’entrevue. Il enregistre notre conversation à  mon insu. Dans son édition  de mai 1985 cette revue publie un article de ce journaliste 24 dans lequel il affirme que si, officiellement, il y a 3 000 fonctionnaires de moins, le dégraissage de l’État n’a pas vraiment réussi parce qu’il y en a 23  000 autres dans les placards. Et à ce propos, il me fait dire « Ces chiffres ne me surprennent pas», en omettant de préciser que j’avais ajouté «mais je ne suis pas mesure de  les confirmer ni de les infirmer ». Il publie  même une photo de moi qu’il s’est procurée je ne sais où car il ne me l’a jamais  demandée. En somme, selon cet article, je témoigne de l’existence  d’un camouflage gouvernemental. Il reproduit encore quelques «citations» de ma part mais sans en comprendre le sens et dans un contexte qui me fait paraître comme un critique virulent  de décisions gouvernementales. Il va sans dire que le Président du Conseil du trésor, Michel Clair, n’apprécie guère cette collaboration de ma part, avec raison d’ailleurs. J’écris plusieurs lettres au bureau du  ministre, à mon supérieur, Louis Bernard, pour les informer de la rouerie du journaliste  ainsi qu’au rédacteur en chef  de la revue, Jean Paré, pour lui demander une rétractation. J’obtiens finalement une rétraction partielle  dans l’édition de juillet. J’ai développé, depuis, une sympathie certaine envers les hommes politiques qui se plaignent d’être mal cités.  

 

6.5 Ministère du Conseil exécutif, Secrétaire adjoint à la Réforme administrative au Secrétariat à la réforme administrative et aux emplois supérieurs (SRAES) (1986-1995) 

  Comme il apparait à ma fiche d’évaluation c’est à la demande du Secrétaire général du gouvernement que je reviens au ministère du Conseil exécutif en 1986.  

«Monsieur Gélinas a repris la responsabilité de la Réforme administrative du SRAES après une absence de deux ans. Son retour a été demandé par le Secrétaire général du gouvernement qui souhaitait sa présence sur plusieurs dossiers importants et en évolution. Monsieur Gélinas a été associé, entre autres, à la réflexion du Groupe des sages sur les structures gouvernementales, le Comité sur la Rénovation de l'administration publique et le Comité sur les tribunaux administratifs. De plus, il analyse régulièrement tous les dossiers du Conseil exécutif qui impliquent l'administration et les structures gouvernementales. Ses commentaires apportent toujours des éléments importants à l'étude des différents projets. Sa contribution dépasse la production normale d'un cadre même si on ne lui a pas signifié d'attentes précises écrites au début de l'exercice.»

 Effectivement,  je suis rapidement plongé au cœur de la réingénierie de l’État commandée par le Premier ministre Bourassa qui a formé trois comités de Sages (Gobeil, Fortier, Ouellette). C’est ainsi que je suis chargé de la rédaction de la première partie du Rapport du groupe de travail sur la révision des fonctions et organisations gouvernementales (Rapport Gobeil) -1986 et que je dois agir comme Secrétaire du Comité (Ouellette) constitué sur la justice administrative- en 1986 par le ministère de la Justice.  Il va sans dire que j’apprécie énormément l’accomplissement de ces tâches qui va alimenter ma réflexion sur l’organisation  gouvernementale. 

  Sous la direction de Jean-Noël Poulin, Secrétaire général associé à la réforme administrative et aux emplois supérieurs  description de tâches est la suivante

 «Sous l'autorité du secrétaire général associé, diriger les analyses et les études relatives aux structures et aux modes de fonctionnement de l'administration publique; émettre des recommandations et avis concernant la création, l'abolition, la fusion et la composition de ministères ou d'organismes gouvernementaux; collaborer à l'élaboration de projets de politiques et de règles applicables aux administrateurs d'État et aux dirigeants d'organismes; assurer le suivi des recommandations gouvernementales concernant l'organisation gouvernementale et son fonctionnement; examiner les dispositions statutaires relatives aux pouvoirs réglementaires et d'autorisation du Lieutenant-gouverneur en Conseil et suggérer des modifications en accord avec la politique du gouvernement».

  Ces responsabilités sont passablement étendues d’autant plus que je suis seul à œuvrer «en réforme administrative». C’est après des demandes répétées que j’obtiens de pouvoir m’adjoindre un agent de recherche, Pierre Ouellet, avec qui j’ai travaillé au Trésor. Par contre, ma demande de pouvoir constituer un fichier des données de base sur l’organisation  gouvernementale ne reçoit pas l’appui nécessaire. Par ailleurs, le changement fréquent du supérieur immédiat ne conduit pas à un développement cohérent de ce volet. En effet, Jean-Noël Poulin, le titulaire du poste de Secrétaire-général associé du SRAES en 1986-87  sera remplacé successivement par Renaud Caron en 1987-89, Claude Beausoleil en 1990-91, Pierre Gabriele en 1993 et Gisèle Desrochers en 1993-93, Pierre Sarault 1994-95. Ajoutons, pour la bonne mesure, que certains  de ces supérieurs ne croient nécessaire d’entretenir des communications ouvertes avec moi.

  Heureusement, je conserve toujours des liens étroits avec  L’institut d’Administration publique du Canada en tant que responsable francophone de la collection Administration publique du Canada (1978-1991) J’édite les actes du colloque international de 1991 de l’APC « Penser Globalement»

  Dans un tel contexte, je concentre mes efforts sur la rédaction  d’avis relativement aux mémoires ministériels qui sont déposés  pour la réunion du Conseil des  ministres. D’après mon décompte, j’ai rédigé une quarantaine d’avis en 1986-87 puis ce nombre est passé à 60  dans les années 1990 et à 73 en 1993.

  C’est durant cette dernière période que j’entends parler, pour la première fois, de «l’équité salariale»  Le mémoire, déposé en 1995 sur ce sujet, soulève chez moi de nombreuses interrogations et l’analyse que j’en fais est foncièrement critique mais cela  n’empêche évidemment pas Louise Harel, ministre de la Sécurité du revenu et responsable de la condition féminine, de  présenter le  projet de loi est 35 en mai 1996  et de recueillir l’appui unanime de l’Assemblée. Je deviens, par la suite, très sensible  non pas à l’égalité entre la femme et l’homme – un concept que j’appuyais déjà dans les années 1970-  mais bien à la propagande féministe et à la manipulation de l’opinion publique pratiquée par le groupe de pression qui s’est constitué sur la base de ce crédo. Bien installé dans la structure même de l’appareil gouvernemental (le Conseil du statut de la femme  et le Secrétariat à la condition féminine) justement à cette période, ce lobby  a rapidement transformé ces objectifs désirables en mesures discriminatoires en faveur des femmes et forcément contre les hommes. 

  Cela dit, j’ai aussi l’occasion de poursuivre ma réflexion sur la  décentralisation fonctionnelle car la pratique de multiplier les organismes autonomes s’intensifie  et le gouvernement ne semble pas avoir d’autres solutions que de sabrer dans ceux qui ont été crées par le précédent quitte à en créer lui-même pour ainsi laisser des preuves tangibles de son passage.25

Ces organismes sont de plusieurs types comme je l’ai déjà démontré dans «Organismes autonomes et appareils centraux» et la nature de leur «autonomie» est aussi variable. Il me semble que l’heure est venue de rationaliser l’encadrement de ces organismes à commencer par leur désignation sur la base de leur fonction dominante –comité, conseil, commission, office, régie, société administrative (fonds, institut), et société d’État. Pierre Ouellet a déjà amorcé un relevé de ces organismes et nous le mettons à jour.

  En 1994, je remets à mon nouveau supérieur la mise à jour d’un document, écrit dix ans plus tôt, «Les contrôles gouvernementaux et administratifs centraux », lequel propose un mécanisme de révision du maintien des organismes du gouvernement et des contrôles qui leur sont appliqués.  Ce supérieur, venu du MSSS, n’était pas très familier avec les problèmes de l’organisation gouvernementale. Il n’en a pas moins été envoyé faire un stage à Henley on Thames en Angleterre. Il y a pris connaissance du concept «d’agency» une variante de l’organisme autonome et il fait de sa  mise en application  le nouvel objectif du SRAES ce qui signifie un rejet complet de ma proposition.

  Le Québec compte maintenant un «nouveau type d’organisme», l’Agence, qui s’ajoute aux autres déjà mentionnés. Nous avons une Agence métropolitaine de transport, des Agences régionales de santé et de services sociaux qu’il ne faut évidemment pas confondre avec les agences immobilières et les agences  de voyages, de location, de placement qui sont plutôt privées ni avec  l’Agence de revenu du Canada, qui se trouve  au fédéral. Pourtant, il tombe sous le sens que  ce n’est pas en changeant la désignation générique des «instances extra ministérielles»  que l’on règle le problème fondamental, au contraire. On ne fait qu’ajouter à la difficulté de rationnaliser la décentralisation fonctionnelle sans compter que, dans la même veine, on aura recours à d’autres désignations, «Centre de service autonome» et «Unité autonome de service», comme synonymes.

  Ayant atteint la soixantaine et  las de poursuivre une démarche qui n’aboutit pas il m’apparait que la prochaine étape à franchir est de prendre ma retraite. Il me semble aussi sage de cesser de fumer devant le témoignage de ce cadre d’une gigantesque compagnie de tabac qui informe le monde entier que l’entreprise insère dans la cigarette un produit chimique engendrant dépendance à la  nicotine.  Le fait que la fumée secondaire soit aussi nocive pour les proches finit de me convaincre 26

7. La retraite (1995)… et l’après retraite

   Il arrive que certaines personnes soient invitées à transmettre leurs connaissances ou expériences une fois rendues à la retraite. Cela n’a pas été vraiment mon cas. On m'a demandé mon avis dans le cas d'un dossier spécifique –- « La localisation d’une capitale  la détermination des fonctions que l’État y exerce, le cas du Québec », Commission de la capitale nationale, mars 1997.  Il faut convenir qu’en matière de réforme administrative mes opinions étaient assez connues pour que l’on se sente justifié de ne pas les solliciter à nouveau. 

  Je n’ai pas non plus été invité à donner un enseignement par l’ÉNAP. Dans ce cas, le besoin n’était pas pressant puisque l’on se servait de mes notes personnelles, conservées au secrétariat, pour donner un cours.

  J’ai réalisé que tout cela était un mal pour un bien puisque, libéré des contraintes que tout emploi impose je pouvais m’adonner d’abord à la rédaction d’ouvrages que je n’aurais pas pu publier en occupant un poste officiel.

 7.1  Les publications

  Dans un premier temps je rédige- «L’équité salariale et autres dérives et dommages collatéraux du féminisme au Québec».Après plusieurs vaines recherches parmi les maisons d’édition dites d’avant-garde et le refus inconditionnel des Presses universitaires (évidemment, toutes favorables à la libre circulation des idées) je découvre, Michel Bédard  des Éditions Varia, qui a l’audace de publier mon document en  2002 Il va sans dire que ce pavé dans la marre de la bien-pensance n’a pas reçu une large couverture médiatique. J’ai été invité à donner une brève entrevue à l’émission «Les Copines d’abord » et à participer à un panel de discussion  au Musée de la civilisation sous la direction  la journaliste  Françoise Guénette, de  Radio-Canada, féministe notoire. Dans les deux cas, l’idée de mes hôtes était, bien entendu, de discréditer le messager et non de débattre du message. Le respect de l’opinion d’autrui devient moins pressant quand «La Cause» est menacée.

  Mais le plus navrant est de constater que les grands ténors du libéralisme, qu’ils soient universitaires, éditorialistes ou chroniqueurs, qui ne ratent jamais une occasion de  critiquer les excès de la social-démocratie et l’hypertrophie de l’État québécois,  n’ont toujours pas eu le courage de s’attaquer  à l’une des pires mesures gouvernementales et qui ait été  instaurée pour satisfaire, en l’occurrence, le lobby féministe. La maison d’édition de Bédard ayant été vendue la nouvelle propriétaire s’empresse de m’aviser qu’elle allait poinçonner les exemplaires non vendus et m’offre de les acheter à prix réduit. Cet ouvrage était très incomplet et visait principalement à alerter l’opinion publique. Comme ce but n’est manifestement pas atteint je vais continuer à étoffer le dossier…à tout hasard.

   Dans un  deuxième temps, je publie deux ouvrages  qui réunissaient, en quelque sorte, mes observations, analyses et réflexions des trente dernières années sur l’organisation gouvernementale québécoise. 

- «L'intervention et le retrait de l'État; l'impact sur l'organisation gouvernementale». Les Presses de l'Université Laval, 2002,425 p.

- «L’administration centrale et le cadre de gestion. Les  ministères, les organismes, les agences, les appareils centraux»  Les Presses de l’Université Laval, 2003, 724 p.

  Bien que j’aie œuvré près d’une dizaine d’années dans le réseau de l’Université du Québec, la directrice des Presses de cette université de l’époque, que j’avais pressentie en premier lieu, refuse ces deux manuscrits, comme  ne voulant pas, semble-t-il, être associée à quelqu’un  qui avait eu la mauvaise idée de publier le livre mentionné plus haut. Nous verrons plus loin d’autres manifestations de cette solidarité féminine qui a aussi, malheureusement, un côté sombre

En fait, l’Université Laval avec laquelle j’avais entretenu peu de relations au cours des dernières années, comprend mieux son rôle et les publie mais à compte d’auteur puisque je ne fais plus partie  de la communauté  universitaire. «L’intervention et le retrait de l’État » fait l’objet de deux recensions 27  qui me paraissent favorables alors que «L’administration centrale et le cadre de gestion» apparaît au catalogue mondial de Google.28

  Dans un  troisième temps, je donne suite à mon projet d’étoffer ma critique de la pensée féministe dans deux ouvrages.

- «L’égalité de fait entre les femmes et les hommes- un piège à cons». Copiexpress- Québec 2008,  Québec  737 pages 

- «La discrimination positive – privilèges aux femmes injustices envers les hommes »-Copiexpress, Québec 2008, 769 pages

  Je fais un tour complet des maisons d’édition à la recherche d’un courageux directeur. Je n’en trouve aucun, même à compte d’auteur, chez les  Presses Universitaires, qui, pourtant, publient de nombreux ouvrages  de féministes de toutes les églises. Il en va de même pour les maisons privées d’édition pourtant toutes férues de démocratie. Il ne me reste plus qu’à donner le contrat à un imprimeur  et à faire moi-même la révision des épreuves ; imprimé en 10 points je dois me procurer une loupe et, malheureusement, plusieurs coquilles m’échappent. Je dois faire moi-même la promotion Je sollicite des entrevues auprès des chroniqueurs de la radio et la télévision; aucune réponse. Je multiplie les courriels aux professeurs d’université pour les informer, un seul accuse réception. Un seul chroniqueur de la presse écrite a jugé bon opportun d’en faire la recension et encore, sur un ton condescendant et après que  le caricaturiste du même journal (Le Soleil) m’ait refusé la permission  de reproduire quelques unes de ses caricatures, de crainte d’être associé à cette «œuvre antiféministe».   

  Cela dit, ces ouvrages  sont un peu trop substantiels au goût de certains,  d’autant plus que le Québécois moyen ne raffole pas de la lecture. Ils comportent effectivement de très nombreuses informations que l’on pourrait juger d’intérêt secondaire. À ma défense, j’ai cru que, compte tenu de la dominance de la pensée féministe au Québec, la critique de cette dernière ne serait prise au sérieux que si je fournissais  de  nombreuses illustrations de ses revendications, des faiblesses de  ses fondements et de l’importance de ses impacts, principalement sur les hommes et la société dans son ensemble

  Nous avons placé sur le site www: hommedaujourdhui.ca quelques textes qui relatent les réceptions plutôt hostiles que ces ouvrages ont reçues.  29

La plus grande déception est encore de constater que les universitaires, ces grands défenseurs de la liberté académique chargés de l’enrichissement du débat public, ne considèrent pas que la pensée féministe puisse être critiquée au même titre que le libéralisme, le socialisme et même que «le masculinisme»30, même si ce dernier est bien plus une réaction aux «avancées » du féminisme (mais sans groupe de pression pour la véhiculer) qu’une véritable pensée sur le devenir de l’homme. Aucun de ces économistes libéraux qui peuvent écrire des centaines pages  pour condamner la social-démocratie et, en anglais pour décrire les ratés du système québécois,  ne peuvent rédiger un seul paragraphe pour dénoncer les nombreuses mesures féministes de discrimination positive établies par les gouvernements récents et qui vont à l’encontre de leurs principes les plus chers. Comme s’ils craignaient davantage les anathèmes du Conseil du statut de la femme que  ceux de Noam Chomsky.

 7.2 L’animation du site www.hommed’aujourd’hui.ca  (2006-    )

  Je suis conscient que cette occupation est suffisante pour que certains rejettent d’emblée toutes les autres contributions que j’ai pu apporter en matière de développement des connaissances en administration  publique. C’est peut-être à cause d’un  relent de ma formation juridique mais il m’est apparu que si la femme pouvait remettre en cause la place qu’elle occupait dans la société traditionnelle et requérir de l’État qu’il lui accorde, dans ce but, les même droits et services qu’aux hommes il n’était pas justifiable que  cet État accorde ensuite aux femmes des privilèges sous prétexte d’accélérer l’atteinte de l’égalité et de transformer l’égalité de droit en une égalité de fait. L'analyse du projet de loi sur l'équité salariale alors que j'étais au Conseil du trésor (1996) m'avait sensibilisé à la «théorie» de la discrimination positive. Il n'était donc pas étonnant que je rédige, le mémoire déposé par le  mouvement «L'après-rupture » dans le cadre  de la consultation tenue en 2006 par une commission parlementaire sur le thème «de l'égalité de droit à l'égalité de fait entre les femmes et les hommes». Il va sans dire que ce mémoire était très  critique des mesures qui se  réclament de cette discrimination positive laquelle est évidemment univoque (des femmes par rapport aux hommes et jamais l'inverse) et  d'une durée indéterminée.  

  C’est un  fait qu’au Québec, les privilèges ainsi accordés sont toujours en place même après l’atteinte mathématique de l’égalité dans une foule de domaines.  Or, cette réalité n’est nulle part présentée dans les grands médias. Bien plus, aucune instance prétendant  promouvoir et défendre les droits des hommes   bénéficie du soutien  de l’ État  québécois alors que celui-entretient aux frais de tous les contribuables de nombreux organismes dédiés uniquement à la promotion et à la défense des droits des femmes. On observe aujourd’hui qu’à court de «motifs» d’indignation les mêmes féministes québécoises se lancent périodiquement  à la chasse aux cas de discrimination  «à l’étranger», faisant ainsi perdurer, par association, le sentiment de culpabilité des hommes d’ici puisqu’ils appartiennent au «genre patriarcal, prédateur, agresseur etc.»

  Nous croyons contribuer à l’instauration d’un  meilleur équilibre de la société québécoise en mettant en lumière des situations et des problèmes que la dominance de la pensée féministe a évincé du débat public.

 7.3 Le désir de favoriser la recherche en administration publique par un étudiant méritant

La retraite est aussi le moment où l’on fait le bilan de ses réalisations et le présent document origine évidemment de cette opération. Il m’est apparu, en 2012, que  je pourrais enrichir ce bilan par la création  d’une bourse d’étude pour un étudiant méritant qui s’intéresserait, comme moi, au domaine de l’organisation gouvernementale.

Je reconnais aisément que, dans mon cas, ce désir a été provoqué par ce que j'ai considéré, à l'époque, comme un traitement  injuste de la part d'un établissement que j'avais largement contribué à créer.  La création  d'une bourse  portant mon nom me semblait être une bonne façon de corriger «cette omission».

 Or, comme nous allons le voir , les événements qui ont suivi ne m 'ont pas exactement fortifié dans cette quête de reconnaissance. J'ai décidé de rendre publiques les démarches qui ont suivi car elles ont révélé un état de situation qui est inéquitable pour la moitié des étudiants universitaires.

Pour en savoir plus long  vous pouvez lire dans une chronique distincte

  -1- À l' ÉNAP  2012-. Les Bourses d’études exclusives en faveur des  étudiantes  .....et les étudiants  eux?

 

Conclusion

8.1 L’ÉNAP a pu se développer parce qu’elle a reçu une assise solide au cours de ses cinq premières années d’existence.

8.2 C’est cette base qui l’a rendue crédible auprès des instances administratives et gouvernementales de l’époque.

8.3 À cause des choix qui ont été faits quant au type d’institution qui devait être chargé de la formation et du perfectionnement des fonctionnaires québécois et quant à la planification de son développement, j’ai été, en tant que Directeur des études, la personne qui devait et qui a, dans les faits,  contribué  largement à l’établissement de cette base.

8.4  Cela a été le cas parce qu’à l’époque j’étais un des rares individus à avoir poursuivi des études dans la discipline pertinente.

8.5 Il est aussi vrai que j’ai été chanceux d’avoir pu compter sur l’appui de personnes d’influence qui ont certainement favorisé mon cheminement et, encore aujourd’hui,  je leur en suis reconnaissant.

  Il m’est difficile, pour autant, de souscrire à l’existence du soi-disant «plafond de verre»  fréquemment dénoncé par divers groupes parce qu’il réserverait l’occupation de postes supérieurs des organisations aux membres d’un certain réseau.33

8.6  Il me semble que les enseignements que j’ai donnés, les recherches que j’ai conduites, les activités d’animation que j’ai menées, les personnels que j’ai dirigés, en tant que Directeur des études puis du CEPAQ, ont été suffisants en nombre et en qualité pour  que l’ÉNAP reconnaisse ma contribution d’une quelconque manière

.8.7  Les directions antérieures de l’établissement ont, apparemment, négligé d’articuler une réflexion générale sur le sujet. Étonnamment, elles n’en ont pas moins établi un hall d’honneur, d’où je suis absent mais où elles sont présentes avec d’autres personnes dont on comprend que les réalisations n’ont été évaluées que par les premières,  selon des barèmes qu’elles sont seules à connaître. À ce chapitre, la direction actuelle n’est pas pire que les autres mais sa réaction face à ma requête a tellement les caractéristiques d’un attrape-nigaud qu’elle est davantage blessante. Concrètement, je n’attends plus rien de cette institution.

 

 

  ___

Notes

(1)Roch Bolduc: «Le mandarin de l’ombre »-de la Grande Noirceur à la Révolution tranquille» Septentrion 2012 

(2) Roland Parenteau «Dans les coulisses de la Révolution tranquille» Mémoires du fondateur de l'École nationale d'administration publique (ENAP) Fondation littéraire Fleur de Lys, Laval, Québec, 2008.

(3) Dans l’ouvrage de Parenteau  on  peut  lire que «André Gélinas  et moi ne faisions qu’un». C’est très flatteur, dans un sens, mais, par la même occasion, l’auteur est ainsi dispensé de distinguer  ma propre contribution car tout le reste du document ne traite que de la sienne. Le proverbe qui dit que« le succès a plusieurs pères et que l’échec est orphelin» ne semble pas s’appliquer dans tous les cas. Il est vrai qu’il écrit également «Et maintenant, sur qui pouvions-nous compter ? Nous avions un directeur des études, André Gélinas, membre également du conseil d’administration, auparavant professeur d’administration publique à la faculté de Droit de l’Université Laval.’ Siégeait aussi au c.a. Roch Bolduc, le « grand manitou » de la fonction publique du Québec, qui connaissait le secteur mieux que quiconque. Pierre Martin, ancien élève de l’ENA de Paris, vice-président à la planification de la nouvelle Université du Québec, éminence grise qui a joué un rôle important dans la création et le développement de l’ENAP --

Après notre retour au Canada, André Gélinas a visité quelques institutions américaines, ce qui nous a permis de compléter notre rapide tour d’horizon. …Ce dont les gouvernements avaient besoin, ce n’était pas un premier cycle en administration publique, visant à fournir une nouvelle main-d’œuvre, mais un cycle plus avancé visant à combler les besoins de moyen et de haut niveau, ce que les anglophones appellent le middle management Le  ministre Marcel Masse  «Il a d’ailleurs exprimé plus tard, dans ses mémoires, une appréciation des plus favorable à l’égard de l’ENAP, qu’il a qualifiée de « joyau de l’Université du Québec ». Un tel hommage ne pouvait pas me déplaire, puisque j’étais non seulement le directeur mais le créateur de l’ENAP.»

  Je n’ai jamais été professeur en administration publique à la Faculté de Droit de l’Université Laval mais à la Faculté des Sciences sociales, celai change la perspective. Bâtir un  programme de maîtrise ce ne se fait pas après un tour d’horizon.  Comment peut-il n’y avoir qu’un créateur de l’ÉNAP alors qu’il n’était pas la personne familière avec l’administration publique ?

Dans l’ouvrage de Bolduc on écrit p.156 «Roland Parenteau dirigeait l’école mais André Gélinas, qui m’avait succédé à Laval, était plus versé en administration publique Il était secrétaire mais aussi une sorte de directeur des études».

Le poste de secrétaire  a été fort bien rempli par Claude Archambault. Sans prétention, je crois que le poste de  Directeur des études a été, à l’époque, plus déterminant, comme je vais tenter de le démontrer. 

(4) LEQ-0- L'Éducation au Québec- l'exclusion des garçons dans www.hommedaujourdhui.ca

E-1-(07)- «Le décrochage des gars au secondaire est une tragédie nationale». J.Parizeau (octobre 2007)

E-2-(09)- Brigitte Breton,  Michelle Courchesnes, Françoise David,  des   féministes qui pratiquent le négationisme en matière de décrochage scolaire  ...des garçons (février 2009)

E-3--(09-- Les causes du décrochage scolaire des garçons (mars 2009)

LEQ-5-La ministre de l'Éducation vient d'accoucher d'un plan d'action en matière de décrochage scolaire. Elle aurait mieux fait d'avorter.(septembre 2009)

 LEQ-6- McGuinty aime l'idée d'une école primaire pour les garçons et Jacques Languirand aussi mais pas Jean «Cravate rose » Charest (octobre 2009)  

LEQ-11 Alors que le décrochage scolaire des garçons se maintient toujours à un niveau alarmant la ministre de l’Éducation  continue de privilégier les filles pour qu’elles choisissent  «une profession ou un métier traditionnellement masculin»;  le prix «Chapeau les filles. (2011)

LEQ-13 -Une école exclusivement réservée aux garçons -Non - en 2010 -Une école  exclusivement réservée aux filles -Oui en 2012    

LEQ-14 Le décrochage scolaire des garçons selon la CSQ, un syndicat féministe et discriminatoire (2013)

LEQ-15 Les garçons décrochent mais les bourses d'études exclusives vont aux filles comme le veut ...le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes (2013)

(5) Nous avons recensé 208 bourses exclusives aux femmes aucune aux hommes

Total 2012 Bourses d'études exclusives.pdf

Total 2013 Bourses d'études universitaires exclusives.pdf

(6) Mon père est agronome, fils de cultivateur, ma mère a fait ses études au couvent d’Hochelaga. Un jour, il  visite une ferme et y consomme un produit laitier non pasteurisé. Il est atteint de la fièvre thyroïde  En proie à de vives douleurs  il nous conduit lui-même jusqu’à l’hôpital de Ville St-Laurent où il décède, j’ai 6 ans. Nous déménageons dans un triplex de la rue Hutchison. Je vais à l’Académie Querbes. Sur le parcours j’essaie d’éviter un Irlandais qui a quelques années de plus que  moi et qui prend plaisir à me harceler quand j’emprunte le trajet le plus court, par la rue St-Viateur. Fin de la guerre, des avions volent bas au- dessus de ma rue. Fin aussi du rationnement.  Nous déménageons sur la rue Philipps dans Outremont. Ma mère et sa sœur ont hérité de leur père adoptif, chacune de la moitié d’un quadruplex. Un quart d’heure de marche jusqu’à l’Académie St-Germain où je complète ma sixième année. Le bonheur. Je suis admis en Éléments latins au collège Brébeuf, un autre quart d’heure de marche dans le sens inverse.  Ma  mère décède d’une crise cardiaque, j’ai 12 ans.

  Ma sœur aînée, devient la cheffe de famille, une personne tout à fait remarquable qui assuma cette responsabilité alors qu’elle était au tout début de la vingtaine. Elle est secrétaire de direction à la Clarke Steamships  Mes deux autres sœurs, vont devenir adjointes à la réalisation à Radio-Canada, respectivement  à Montréal et à Paris. Les deux décéderont de manière tragique avant d’avoir quarante ans. L’ainé est presque toujours absent. Il est journaliste au journal Le Jour. Puis, quand il passe au journal Combat,  il quitte la maison pour que nous ne soyons pas inquiétés parce que les gouvernements nord-américains font alors la chasse aux communistes (ici, c’est Loi du cadenas). Il ne pourra plus voyager aux États-Unis, pourtant, il avait quitté le PC après la découverte des crimes de Staline En 1959, il obtient le Prix littéraire du Cercle du livre de France pour son roman «Les vivants, les morts et les autres », un roman sur la gauche québécoise à la fin du règne de Maurice Duplessis.  J’occupe, enfin, une chambre bien à moi, après couché sur un lit de camp métallique dans la salle à diner. Nous hébergeons, au sous-sol, deux étudiants inscrits en génie  à l’université McGill. Ma sœur ainée épouse l’un d’eux et va fonder sa propre famille. Il faut vendre la maison, forcément, je dois me loger d’abord dans une pièce, au sous-sol, sur la rue  Maplewood (Édouard Montpetit aujourd’hui) puis à la résidence des étudiants de l’Université de Montréal, le temps de compléter mes études  en Droit

(7) Faire la plonge sur un bateau faisant la de croisière du Saguenay. Nettoyer la route de toute saleté avant l’épandage du concassé et du goudron dans la région de Joliette de 51/2 du matin à 6 heures le soir. Dans les deux cas, la conversation avec les collègues de travail était réduite au minimum car nous étions brisés de fatigue   

(8) Mon frère ainé, m’avait enseigné le fonctionnement des pièces de ce jeu mais jamais la stratégie, entre autres  comment contrer son blitzkrieg. À sa grande joie, il sortait toujours vainqueur de nos confrontations. Ce tournoi m’a permis de découvrir des ouvertures plus efficaces, malheureusement je n’aurai pas l’occasion de relancer mon frère J’ai obtenu que les finalistes Furstner  et Malinovski reçoivent leur prix lors de la tenue du Gala sportif, ce qui en fit rigoler plusieurs. La plupart des athlètes minimisent l’effort physique et mental qu’implique aussi un  match d’échecs. Pour la bonne mesure, je m’inscris au programme universitaire de la marine canadienne (UNTD), un corps de réserve devant former des lieutenants. À Montréal nous apprenons surtout à parader. À Halifax nous sommes censés apprendre la chasse anti-sous-marine mais comme les cours ne se donnent qu’en anglais plusieurs Québécois sont désavantagés. En fait, nous avons l’impression que nous sommes en Angleterre, il y a des portraits de la Reine partout et plusieurs officiers sont britanniques –l’un deux a été surnommé Seaweed. Nous n’avons pas la cotte surtout depuis qu’une division composée uniquement de francophones a fauché les fleurs de l'Amiral au cours d'un exercice de parade; elle a été rapidement démantelée. Dans la ville, lors des sorties, on se fait  dire «Speak White» à l’occasion. Il n’a pas été difficile de démissionner au retour. C'est la multiplication de ce genre d'évènements qui en a sensibilisé plusieurs au nationalisme.

(9)  C’est durant ce voyage que j’appris comment combattre le mal de mer : boire du scotch, marger des croutons de pain et limiter le reste de l’alimentation au minimum.

(10)  Sur ce bateau j’ai rencontré un montréalais anglophone (dont j’oublie le nom) qui va étudier à une école de Théâtre de Londres. Nous mettons  pied à terre à la gare maritime et prenons  le train, après avoir  laissé nos valises en consigne. Nous descendons à Piccadilly Circus en  plein  cœur de Londres. Une carte postale vivante. Je nouveau copain me dit qu’il va se chercher une chambre dans Earl’s Court et m’offre de cohabiter avec lui pour réduire les dépenses. Accepté avec joie. À la station de métro les locateurs affichent sur de petits cartons. «Europeans only» disent-ils.  Moment de découragement, même l’empire nous renie. Mon copain me fait comprendre que les Anglais ne sont pas racistes mais que cela veut dire  «Blancs seulement ». Ouf. Un samedi  matin un tintamarre sur le palier. Notre voisin, britannique dans la trentaine, est tout excité, la situation  ne peut être que dramatique  Il nous invite à entrer; sur la cuisinière une poêle avec un œuf au miroir dedans. Il a réussi cet exploit, «tout seul». Intuitivement, nous comprenons pourquoi l’Angleterre n’est pas le temple de la gastronomie.  Comme l’horaire  de mon co-loc est toujours à l’inverse du mien et que nous devons bien dormir à un  moment donné  je me trouve une autre chambre dans les mansardes, toujours dans Earl’s Court avec un parc à l’entrée.

(11)  Il était tout à fait indiqué de les nommer  et de  leur rendre hommage dans l’avant-propos de l’ouvrage  : Caroline Andrew, Gaston Bernier, Bertrand Boivin,Pierre Boucher, Michel Careau, Albert Dumas,: Lise Garon, Gilbert Hamel, Léo Jacques, Jean Laliberté, Gilles Pichette, Louise Quesnel-Ouellet, Pierre-Émile Tremblay, Fernand Viens

(12)  L’addition de deux garçons à la famille, l’acquisition d’une maison unifamiliale et la recherche périodique de gardiennes fiables se sont jumelées, dans le temps, à un partage effectif des tâches domestiques car nous étions à des années-lumière  de la nationalisation  des services de garde à l’enfance

(13)  Il semble que cela soit le cas pour la majorité des gens en juillet 2014. Cela dit, à l’époque on avait l’impression  que le  mois de vacances était dû…,du  moins dans le secteur public.

(14) Dans Parenteau Voir note 2 on lit  «La première fois que j’ai été associé à un tel projet, en 1961, c’était suite à un appel téléphonique de René Lévesque, alors ministre dans le gouvernement Lesage, qui m’invitait à dîner au restaurant. Sachant que j’étais professeur à l’École des hautes études commerciales, il m’a demandé si l’École accepterait de former des administrateurs publics en plus de former des gens d’affaires, comme c’était le cas depuis une cinquantaine d’années. Dans ma grande naïveté, je lui répondis que la chose serait certainement possible. Il suffirait d’ajouter au programme quelques cours sur le secteur public et les sciences politiques et le tour serait joué ! René Lévesque me connaissait assez bien, puisque j’avais, au cours des années précédentes, participé à plusieurs reprises à son émission de télévision Point de mire. (…) M. Minville se déclara favorable à ma proposition. J’imagine qu’il avait dû en parler avec ses confrères de l’Université de Montréal, puisque j’appris peu de temps après que le projet rencontrait une vive opposition de la Faculté des Sciences sociales. En effet, cette dernière estimait qu’une telle initiative relevait d’elle et non de l’École des HEC. Cette attitude négative s’est maintenue et aucun projet concret n’en est sorti

(15) «Contrairement aux classes préparatoires (CPGE) qui relèvent en grande partie de la tutelle du ministère de l'Éducation nationale, la plupart des grandes écoles publiques dépendent des autres ministères (Agriculture, Culture, Défense, Équipement, Industrie, Justice, Santé, Premier ministre…).»

(16)  L’arrêté en  conseil 1957 du 26 juin  1969 confirme cette désignation  mais l’arrêté en conseil 578 du 11 février 1970 la  modifie en  «École nationale d’administration publique » (ENAP), parce qu’ici l’Administration n’est pas nécessairement publique et qu’il convenait de le préciser.

Je me suis rendu compte après coup que Pierre Martin et Roch Bolduc  savaient faire. Quelque temps auparavant j’avais été consulté, par Pierre Martin, sur l’hypothèse de créer une institution qui verrait, ici, à la formation de nos cadres je lui avais suggéré de mettre sur pied un programme de maîtrise en administration publique de nature similaire au MBA, c’est-à-dire, dans un cadre universitaire. J’avais indiqué que cet encadrement  offrirait plus de souplesse que celui qui régissait les écoles normales, le seul exemple que nous avions d’un établissement d’enseignement dirigé par un  ministère. De plus, il me semblait que cet encadrement protégerait  mieux  le programme contre la partisannerie et  le népotisme, des phénomènes qui avaient marqué les gouvernements d’avant 1960 et qui n’étaient pas conducteurs de qualité.

(17) Ces informations sont tirées d’une midi-conférence que j’avais prononcée devant un groupe d’anciens de l’ENAP sur les origines de l’École. Malheureusement la date n’est pas indiquée sur le document mais on comprend par le texte qu’elle a eu lieu en 1978 ou 1979.

(18) Alain  Baccigalupo :«La machine administrative québécoise »1978, PUQ, p.61

(19)..\André Gélinas\Evaluation Lebel 1978.pdf

(20) Le courtisan : (Apparu en 1560).http://fr.wiktionary.org/wiki/courtisan

(21)  Les attentes qui me sont signifiées sont les suivantes :

-- tenir à jour l’organigramme officiel du gouvernement ;

-- établir et tenir à jour la nomenclature et la définition  pour toutes les catégories d’organismes du gouvernement du Québec ;

--procéder au classement de tous les organismes existants en liaison  avec chacun des  ministères responsables et le Conseil exécutif ;

--établir les dispositions législatives –type pour chaque  catégorie d’organismes ;   

- collaborer avec le secrétariat du comité de législation pour la préparation de certaines lois ;

-- faire des analyses juridique ad hoc sur diverses questions ; par exemple : la fiscalité des paiements de rupture d’emploi, les régimes de retraite, le statut des sous-ministres et sous-ministres-adjoints, la  loi sur la fonction publique.

(22)  En 1982, j’apprends que  ma femme est atteinte d’un cancer sans rémission possible dont elle va décéder en 1983. Mon désarroi est profond. Je me retrouve père monoparental avec des une fille de 21 ans, et deux garçons  de 19 ans et 15 ans  à un moment critique de leur vie. Ils se comportent de manière magnifique malgré  leur profonde tristesse mais, à ce jour, je ne sais toujours pas  si j’ai été à la hauteur. 

(23) Le Centre d’études politiques et administratives du Québec a été crée en 1977 au sein de l’ENAP pour accentuer et concrétiser davantage son mandat de recherche sur la pratique administrative au Québec et analyser les «questions d’avenir pour la collectivité québécoise ». François Poulin, un  des principaux artisans du BAEQ, a été à l’origine de ce Centre et son premier directeur. Il a reçu l’appui de Jocelyn Jacques, un de premiers professeurs que j’avais embauchés devenu Directeur général de l’ENAP, ainsi que  des secrétaires généraux du gouvernement, Guy Coulombe et Louis Bernard.

  En 1978, un protocole d’entente entre l’ENAP et le ministère du Conseil exécutif avait institué la «Mission gouvernementale », dirigé Par Bernard Bonin, ex-sous-ministre, dont le but était de permettre à des hauts fonctionnaires de réfléchir sur leur expérience et d’acquérir de nouvelles connaissances  en administration publique mais aussi d’apporter une contribution à titre de professeurs, chercheurs et conseillers techniques

Les deux entités reçoivent une généreuse subvention de l’Office des ressources humaines et du ministère du Conseil exécutif.

(24) «Les camouflés, les invisibles et les disparus». Le même journaliste avait dû faire aussi une rétractation à l’égard de Pierre Karl Péladeau. Disons que la revue l’Actualité avait été plus diligente dans ce dernier cas.

(25) «L'administration québécoise à l'heure des libéraux» Stéphane Dion Université de Montréal James Iain Gow Université de Montréal  L'année politique au Québec 1987-1988 François Moreau Le Rapport Gobeil de 1986: l'acte fondateur de la Réingénérie au Québec CMAQ

(26) Je suis d’autant plus sensibilisé aux effets néfastes de cette fumée secondaire que ma nouvelle compagne qui n’a jamais fumé, m’a décrit les dernières années pénibles vécues par sa mère souffrant d’emphysème. En sa compagnie je vais suivre une thérapie de quelques jours à un spa AQUAMER  de Carlton en Gaspésie. Elle consiste à inhaler une vapeur d’eau de mer. Étant donné que la nicotine est ancrée dans les sinus il suffit de  nettoyer  ces derniers pour que  le besoin de fumer s’estompe. Pour compléter la cure, j’ai droit à une merveilleuse salade de radis. Toutefois, dans mon cas, la  nicotine s’est  réfugiée  dans le subconscient et, pendant plus de deux ans, j’ai rêvé que j’avais fumé la journée précédente, à ma grande déception.  Enfin, ne pouvant plus  jouer au squash, parce que les partenaires doivent davantage protéger  leur cœur que leur orgueil mon nouveau défi consiste à combattre le surplus de poids.

(27) «L'intervention et le retrait de l'État; l'impact sur l'organisation gouvernementale». Les Presses de l'Université Laval, 2002,425 p.

Par Francois Petry  Département de science politique Université Laval 

Dans  Recherches sociographiques Volume 45, numéro 1, Janvier-avril 2004

Par  Carolle Simard UQAM

Dans  Politique et Sociétés, vol. 22, n° 2, 2003, p. 154-157.Voir Erudit.org

(28) «L'administration centrale et le cadre de gestion : les ministères, les organismes, les agences, les appareils centraux»

dans  http://www.worldcat.org/title/administration-centrale-et-le-cadre-de-gestion-les-ministeres-les-organismes-les-agences-les-appareils-centraux/oclc/607840690

(29) Un seul chroniqueur, Didier Fessou, a osé briser le tabou et reconnaître nos deux ouvrages

Une recension qui n'en est pas une, par un communiste  libertaire (anarchiste)

La petite histoire des deux critiques du féminisme; un bon moyen  de dresser un  inventaire des tricheuses, des genoux mous et des roses bonbon    

Les bibliothécaires de la Ville de Québec et la Boutique du livre, ou comment s'érige la république féministe du Québec. L'histoire se répète avec les bibliothécaires de Montréal 

Deux cas de partialité féministe à la station de Québec de Radio-Canada Plainte à l'Ombudsman -Description de la joute en dix périodes

(30) «Le masculinisme, ou comment faire reculer les femmes»  par Marie-Noël Arsenault et Émilie Saint-Pierre   http://www.ababord.org/spip.php?article290

et «Masculinisme : l’antiféminisme démasqué» Par Marie-Claude Bourdon

http://www.uqam.ca/entrevues/entrevue.php?id=459

«Avec l'étudiante Mélissa Blais, doctorante en sociologie et chercheuse à l'Institut de recherches féministes (IREF), Francis-Dupuis Déri a codirigé un ouvrage intitulé Le mouvement masculiniste au Québec. L'antiféminisme démasqué, publié aux éditions du Remue-MENAge»

(31)Voir 5

(32) Un collectif d’une cinquantaine de professeurs de L’UQAM  et de l’Université Laval avait alors écrit «M. Juppé a été reconnu coupable de «prise illégale d'intérêts» par la Cour d'appel de Versailles, plus précisément de détournement de fonds dans l'affaire des emplois fictifs à la Ville de Paris, alors qu'il était adjoint aux finances à la mairie de cette ville. Pour ce délit, la Cour d'appel l'a condamné, le 1er décembre 2004, à 14 mois d'emprisonnement avec sursis et à un an d'inéligibilité. En s'évertuant à minimiser l'importance de cette inculpation, quel message l'ENAP envoie-t-elle à ses étudiants qui se destinent à une carrière administrative de même qu'à l'ensemble de la population: que le détournement de fonds publics n'est pas grave tant que celui-ci ne sert pas à l'enrichissement personnel » Le Devoir 18 février 2005

http://www.ledevoir.com/non-classe/75124/alain-juppe-professeur-invite-a-l-enap-quand-l-ethique-fout-le-camp

(33) «tout cas où un individu est confronté à un réseau de pouvoir tacite, implicite, voire occulte, qui l'écarte d'un niveau de pouvoir ou de rémunération ou hiérarchique auquel il pourrait prétendre.» http://fr.wikipedia.org/wiki/Plafond_de_verre

  N’ayant jamais fait partie d’une société secrète (L’Ordre de Jacques Cartier, Les Chevaliers  de Colomb..) je ne puis témoigner de leur influence mais j’ai bien vu qu’au gouvernement les changements fréquents de partis politiques au pouvoir entrainaient aussi des changements de garde similaires dans la haute fonction publique et que l’affiliation partisane, elle, était beaucoup plus déterminante. Les gouvernements de Jean Lesage et de Daniel Johnson sont,  me semble-t-il, ceux qui ont le plus accordé la priorité aux compétences personnelles dans le choix des hauts fonctionnaires.

  Par contre, je ne peux nier  que le mentorat joue un rôle au  niveau inférieur mais, comme justement, la circulation est très fluide au niveau supérieur, l’appui peut ne durer qu’un temps. Il revient, finalement, à chacun de tirer son épingle du jeu «se faisant des relations», en réussissant à vaincre la compétition qui peut être assez féroce, et parfois, tout simplement en changeant d’arène.

  Chose certaine, la complainte des féministes à propos de ce plafond est peu  sérieuse. Dans le secteur public  le gouvernement a adopté une loi qui accorde aux femmes priorité d’embauche «à compétence égale» avec les concurrents masculins. Dans le secteur privé, elles  n’ont qu’à bâtir leurs propres entreprises mais elles préfèrent faire des pressions pour qu’on leur accorde un nombre égal de postes dans les  conseils d’administration. Ce serait moins fatiguant évidemment…Encore conviendrait-il que cela ait une once de bon sens.

  Encore en août 2014, on reproche au grand financier Stephen Jarilowsky de s’être prononcé contre la nomination forcée de femmes au sein des conseils d’administration des compagnies et en faveur de la personne la plus compétente, peu importe la couleur de sa peau et son sexe.  «Si une femme n’a aucune compétence, je ne suis pas d’accord qu’elle soit sur les conseils d’administration. Cà n’apporte rien à la compagnie. C’est rien qu’un geste politique« dans. S.Jarislowsky : «Si le Québec était plus riche, je serais indépendantiste »Le «journal de Québec 18 août 2014 p.34

  

 Chronologie des travaux et publications

(à l’exception des avis internes)

 

1962-69– Professeur, Université Laval

- « Judicial control of administrative action in Great-Britain and Canada », Public Law (British Journal of Public Law), 1963, p. 140-171, (ENAP, s.d. 42 p.)

- « Pouvoirs et interventions de l’État », Commission provinciale d’urbanisme, Québec 1964.

-- «Le bottin administratif du Québec », avec Roch Bolduc, pour le compte  du Secrétariat de la Province, 1964

- « L'organisation formelle de l'exécution du plan », in Bureau d'amENAgement de l'Est du Québec. Annexe technique au plan de développement 1967-l972 du Bas-St-Laurent, de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine. Québec, BAEQ, 1965, pp.192-222. (ENAP S.l., s.d. 9 p.

- « Les députés et l’administration ». Conférence, ACFAS 1965.

- « Institutions administratives comparées : plan ».Québec, 1966.

- « Trois modes d’approche à l’opportunité de la décentralisation de l’organisation politique, principalement en système fédéral », Administration publique du Canada, Vol IX ,1966 p.1-26.

- « Que doit être un Conseil de santé ? » L’hôpital d’aujourd’hui, Vol XII. No 12, 1966 p.18.

- « Gouvernement local et régional », Montréal, Fédération des Jeunes Chambres de Commerce du Canada français, 1967.

- « L’organisation gouvernementale et administrative », Conseil d’orientation économique du Québec, Québec, 1967, 45 p.

- « L’activité gouvernementale" (Le Budget programme) dans Gélinas André et Tremblay Yvon : L’activité gouvernementale, Québec, Conseil  d’orientation économique 1968, 95 p.

- « L'administration publique provinciale », dans Sabourin, Louis (éd.) : Le système politique du Canada : institutions fédérales et québécoises. Ottawa, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1968, pp. 269-285. (Cahiers des sciences sociales ; 4).1968

- « Les parlementaires et l’administration publique au Québec » Québec, Revue canadienne de science politique , Vol 1, No.2,1969.

- Les parlementaires et l’administration au Québec, Québec, Les Presses de l’Université Laval 1969, 245 p.    Prix de la Province de Québec 1970.

- « Le budget-programme : étude comparative ». Québec, Office de planification du Québec, 1969. 66 p.

- « The backbenchers and the administration in Québec», International Journal of Politics, Vol 1, No.4, 1971, p. 353-78.

 

1969-74  Directeur des études, ENAP

-- «Les origines de l’ENAP » 1979

-« L’organisation et le fonctionnement de l’Office de planification et de développement du Québec», Québec, O.P.D.Q. 1971, 10

- «The Quebec public service » dans Thompson D.C. : «Quebec Society and politics».Toronto, McClelland and Stewart ltd.  1973 p.90

 

1974-76  Directeur de la recherche Ministère de la Justice

- « The backbenchers and the administration in Québec», International Journal of Politics, Vol 1, No.4, 1971, p. 353-78.

- «The Quebec public service » dans Thompson D.C. : «Quebec Society and politics».Toronto, McClelland and Stewart ltd.  1973 p.90

- « Trois modes d’approche à l’opportunité de la décentralisation de l’organisation politique, principalement en système fédéral », Administration publique du Canada, Vol IX ,1966 p.1-26.

- « Que doit être un Conseil de santé ? » L’hôpital d’aujourd’hui, Vol XII. No 12, 1966 p.18.

- « Le cadre général des institutions administratives et la déconcentration territoriale » Administration publique du Canada, Vol 18, 1975, p.253-268.

- Les organismes autonomes et centraux de l'administration québécoise. Montréal, Les Presses de l'Université du Québec, 1975. 346 p. 

 

1976-80  Conseiller aux projets spéciaux, Conseil du Trésor

- L'entreprise publique et l'intérêt public/Public enterprise and the public interest (éditeur).  Actes d’un Colloque international de l'Institut d'administration publique du Canada, Toronto, 1978

- «Les entreprises publiques ; causes, modes d’établissement et régimes généraux de contrôle »- et - «Autonomie et contrôle des sociétés d’État»   Conférence sur l’entreprise publique dans le cadre du programme de perfectionnement de la haute direction Fonction publique fédérale par HEC  nov. 1978 publié dans Parenteau, Roland : Les Sociétés d’État : -Autonomie ou intégration, Montréal, École des Hautes études commerciales, 1980 p. 17 et p. 115, ENAP.

-- «Synthèse des travaux »  Colloque France-Québec sur l’’emploi et les Jeunes dans Revue française d’administration publique janv. mars 1978, 4 no 29.p.82

- « La conceptualisation de la réforme : les projets de loi 53 et 50 » dans : Bilan de la loi 50; dynamique du changement de la fonction publique québécoise, Montréal, UQUAM, mars 1980 p.74

- « Le rapport Lambert : les organismes de la Couronne» Administration publique du Canada, 1980, Vol. 23, No 1,1980 p.541-556.

 

1980-82   Conseiller cadre à la réforme administrative,  Ministère du Conseil exécutif

- « La dérégulation », Conférence, Congrès annuel de L’Institut d’administration publique du Canada, 1980.

-«Les contrôles gouvernementaux et administratifs centraux », Ministère du Conseil exécutif, 1983

 

1982-86  Directeur de la recherche puis Directeur du CEPAQ (ENAP)

- «Présentation générale des services et contrôles centraux : le Gouvernement du Québec », dans : Colloque sur les services et contrôles centraux en matière financière, 1983, Québec. Actes du colloque. Québec, CEPAQ, ENAP, 1983, pp. 9-25. (Colloque organisé conjointement par l'École nationale d'administration publique et l'Académie fédérale pour l'administration publique de Bonn, RFA). (HJ 2011 .S491 1983).

- « Synthèse des travaux », Revue française d'administration publique, 29(janvier-mars 1984), pp. 8l-84. (Colloque CEPAQ/ENAP-IIAP sur l'emploi et les jeunes, tenu à Paris en 1983).

- « La commission parlementaire : mécanisme d'imputabilité à l'égard des sous-ministres et des dirigeants d'organismes », Administration publique du Canada, 1984, Vol. 27 No 3, pp. 372-398.

- « La décentralisation fonctionnelle », in : Colloque sur la décentralisation : un effritement de l'État ou un enrichissement démocratique, 1984, Lac Delage (Québec).Actes du colloque. Québec, CEPAQ, ENAP, 1984, pp. 15-65. (Bilans et perspectives : No. 5).

- « Réplique à Me Patrice Garant concernant l’article intitulé Le statut légal des tribunaux administratifs et leurs rapports avec le gouvernement.» Administration publique du Canada,1985 p.301-306.

- « Avis au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation concernant les conflits d’intérêts », Québec, novembre 1985.

- « Bilan sur les tribunaux administratifs et les régies » Conférence devant la Conférence des membres des tribunaux administratifs du Québec, Québec, 22 octobre  1985 (ENAP, 1985. 28 p).

- « La surveillance des organismes par l'Assemblée nationale », in ENAP. CEPAQ. Session d'information à l'intention des nouveaux députés. Session 2 : L'analyse et l'évaluation de programme, la législation déléguée, la surveillance des organismes. Québec, CEPAQ, ENAP, 1986

 

1986-95  Secrétaire adjoint à la réforme administrative-Ministère du Conseil exécutif

- Rédaction de la première partie du Rapport du groupe de travail sur la révision des fonctions et organisations gouvernementales (Rapport Gobeil) -1986

- Secrétaire du Comité (Ouellette) constitué par le ministère de la Justice sur la justice administrative-1986

- « Commentaires sur le  texte "Crown corporations, autonomy reconsidered » par  Freeman N., Conférence  au Congrès annuel de l’Association canadienne de Science politique, juin 1989.

- « Commentaires sur "Public Choice :Yes minister made it popular but does winning the Nobel Prize make it true » par Borins S., Administration publique du Canada,vol 31 1988, p.27-33.

- « La réforme administrative au Québec » dans Bouchard G.: La réforme administrative dans les pays francophones, Moncton, Les éditions d’Acadie ,1991 p.9

- (éditeur anonyme) « Penser globalement » Actes du Congrès annuel de l’Institut d’administration publique du Canada, Québec, Impressions J.L, 1991

- «Les agences britanniques et les unités autonomes de services québécoises», Gouvernement du Québec, Ministère du Conseil exécutif, juin 1996.

 

1995  La retraite et l’après retraite

- « La localisation d’une capitale : la détermination des fonctions que l’État y exerce, le cas du Québec », Commission de la capitale nationale, mars 1997

.- «L’équité salariale et autres dérives et dommages collatéraux du féminisme au Québec», Les Éditions Varia, Montréal, 2002 

- «L'intervention et le retrait de l'État; l'impact sur l'organisation gouvernementale». Les Presses de l'Université Laval, 2002,425 p

- «L’administration centrale et le cadre de gestion». Les Presses de l’Université Laval, 2003, 724 p.

-- «L’égalité de fait entre les femmes et les hommes- un piège à cons » Copiexpress- Québec 2008,  Québec  737 pages 

- «La discrimination positive – privilèges aux femmes injustices envers les hommes» -Copiexpress, Québec 2008, 769 pages