SDSP- 1-   La problématique de la sexualisation des services publics                                                                                                            

 
 

Homme d'aujourd'hui

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 I- Introduction

 

Depuis quelques années, il se produit, au Québec, un phénomène assez particulier que nous avons appelé la «sexualisation» des services publics.  L’essor du mouvement féministe et les pressions constantes de ce lobby, hébergé à l’intérieur même de l’appareil gouvernemental,  ont fait en sorte  que ces services que nous avions été habitués à considérer  comme neutres, c’est-à-dire, accessibles à tous indépendamment du statut social ou marital, de l’âge, de la religion, de la race et, bien entendu, du sexe des usagers  sont maintenant conditionnés par ce dernier critère, plus spécifiquement, le sexe féminin.

La sexualisation des services publics n’est justement qu’une des formes  possibles de segmentation de la population : ainsi  la langue, la religion, l’ethnie sont d’autres caractéristiques personnelles qui peuvent segmenter la société sur un territoire donné en ce qu’elles donnent généralement  lieu à des regroupements distincts, parfois antagonistes lorsqu’elles  sont plusieurs, mais qui peuvent  aussi intégrer la société lorsqu’elles sont partagées par une majorité d’individus  et lorsqu’il y a intégration naturelle  des groupes minoritaires  à cette majorité. Toutefois, dans le cas du sexe, le résultat net ne peut être que la division de la société puisque les femmes réunies ne peuvent être qu’opposées aux hommes.

    

1. Glossaire

Avant d’aller plus loin, il nous apparaît nécessaire de définir les termes qui seront utilisés dans les présents documents. Il convient surtout de préciser ce que nous ne nous objectons en aucune façon à la présence des femmes dans les affaires publiques, au contraire. Ce que à quoi nous en avons c’est  à cette conception  qui veut que cette présence doit être égale à celle des hommes, obligatoire et  immédiate, dans les faits, dans tous les domaines, et surtout que des mesures particulières doivent être prises par l’État pour que égalité de fait  réalise dans les meilleurs délais. Cette conception est d’autant plus pernicieuse que là où la présence des femmes est majoritaire il n’est jamais question de rétablir la parité .avec les hommes, une espèce de mouvement unidirectionnel.   

1.1  Un service

 La fourniture d'un bien immatériel, avantage ou satisfaction d'un besoin, fourni par un prestataire (entreprise ou l'État) au public, à titre gracieux ou onéreux. La gamme des services est considérable et regroupe généralement toutes les activités  autres qu'industrielles et agricoles, notamment les activités financières (financement) et commerciales, les  soins médicaux et curatifs,  l'hébergement, l'information etc.

 

1.2 Les services publics  ou l'administration gouvernementale

Nous référons ici aux organisations qui, dans le secteur public, fournissent les services aux citoyens, plus spécifiquement, dans le cas du secteur public québécois, aux  composantes de l'appareil administratif gouvernemental; en fonction des  politiques et programmes du gouvernement,  soit en 2011 :

---20 ministères qui articulent   plusieurs centaines de  directions déconcentrées fonctionnelles et de services déconcentrés sur le territoire,

-- 283 établissements publics décentralisés sur le territoire du ministère de la  Santé et des Services sociaux (dont 18 Agences de santé, 94 CSSS),

-- quelques 6 000 établissements publics décentralisés sur le territoire du Ministère de l’Éducation (7 universités, les 48 cégeps, 2 795 écoles secondaires et primaires publiques, 30 gouvernementales et 3 535 écoles  privées),

-- - 200 organismes gouvernementaux provinciaux,

--- quelques 5 000 organismes communautaires qui sont financés par l'État pour assurer la prestation de divers services.

 Or, pour bien saisir le fonctionnement de cette administration il faut comprendre le fonctionnement de l'État qui,  lui, dirige cette administration.

 

1.3  L’État québécois 

 

 En effet, ces services publics font partie d’un ensemble plus vaste, appelé l’État.  Au Québec comme dans la plupart des pays, l’État est composé de trois Pouvoirs, législatif, judiciaire et exécutif, c’est-à-dire  les institutions étatiques,  l’Assemblée, les Cours de justice et le Gouvernement. On doit ajouter,  au palier local,  les 72 commissions scolaires et   1 476 municipalités, des institutions subordonnées au Gouvernement provincial.

 Or, toujours dans le même but, il faut encore élargir l’angle de vision et insérer  l’État dans le système politique global et  prendre en compte le rôle joué par les  agents politiques que sont  les  partis politiques, les règles du régime électoral, les médias, les  corps intermédiaires ou groupes de pression, les valeurs sociétales et, bien entendu, les individus. Ces derniers sont, à la fois, les bénéficiaires des services publics  et les citoyens qui élisent les membres de l’Assemblée  qui, pour les fins de l’élection, se sont groupés en divers partis politiques. Le parti qui recueille le plus de votes devient le Gouvernement lequel a pour mandat de diriger l’appareil administratif.    

Nous allons démontrer dans le texte intitulé « La sexualisation des services publics, une image d’ensemble» que cette sexualisation répond, en fait, à une sexualisation du système politique et  institutions étatiques sous l’impulsion des certains agents politiques, en particulier le mouvement féministe

 

1.4 La sexualisation des services publics

Nous entendons par «sexualisation d’un service public»::

--  un organisme public dont les postes sont occupés de préférence par les personnes d’un sexe déterminé ou dont la rémunération est fixée de manière plus avantageuse dépendant de leur sexe ;

--  un service qui n'est rendu, en fait,  que par des personnes qui appartiennent à l'un des deux sexes (en fait les femmes) ou, obligatoirement, en partie ou en totalité, par des personnes appartenant à l'un de ces deux sexes (en fait, le sexe féminin) ;  

--  un service qui n’est  accessible qu’à un de deux sexes ou qui n’est pas accessible à l’un des deux sexes dans des conditions similaires ;

-- un service qui reçoit un appui gouvernemental disproportionné  dans le cas où les  deux clientèles (féminine ou masculine) vivent des problématiques similaires (exemple: les ressources de la santé consacrées respectivement au cancer du sein et au cancer de la prostate, des bourses d’études réservées exclusivement  à l’un des deux sexes);

-- une loi, un programme gouvernemental, qui, de manière explicite favorise, discrimine, établit des règles générales  en faveur d’un seul des sexes.

-- une règle  fait que ce service ne put être rendu que par  des personnes  qui adhèrent à l’idéologie féministe 

 

Le caractère délibéré de la discrimination est fondamental car, en pratique, il y a des situations qui font que certains groupes de personnes  sont favorisés par rapport à d’autres ou, au contraire, encore ne profitent pas également des services publics sans qu’il soit de la faute du gouvernement. On reconnaît, par exemple, que l’étalement de la population sur le territoire fait en sorte que certains services spécialisés et fort coûteux (un service hospitalier de neurologie) ne peuvent  être également accessibles à tous, peu importe leur lieu de résidence, et que l’âge des personnes conditionne l’accès à certains services (l’enseignement universitaire implique la réussite aux niveaux inférieurs et  l’atteinte de la maturité...) Les fonds publics ne sont pas inépuisables contrairement à ce que certains semblent croire.

 

1.5  La segmentation des services publics  

Il est également inévitable que le gouvernement, dans la prestation de divers services,  cherche à atteindre des clientèles particulières vivant des problèmes particuliers. Il est légitime qu’il segmente ainsi selon le sexe les services qu’il entend  établir pour lutter contre le  cancer du sein et à celui de la prostate. Toutefois,  on reconnaît que le sexe n’est qu’un des «attributs personnels» ou «caractéristiques» par lesquels on peut  distinguer les divers groupes qui composent la société. Encore une fois, la langue, l’ethnie, la religion, le statut social et même l’orientation sexuelle (concrètement l’homosexualité, qui ne doit être confondue aux deux autres selon  la Charte même) peuvent être considérés aussi comme des facteurs de segmentation.  À vrai dire, la sexualisation des services publics apparaît comme étant une des  formes possibles de segmentation de la population et, par surcroît, pas la plus déterminante.

La question se pose donc de savoir si le gouvernement  doit chercher à aménager l’ensemble de ses services publics en fonction de tous ces segments de la population. On remarque que certains États fédéraux peuvent avoir une administration publique bilingue et même trilingue mais que la limite est rapidement  atteinte à cet égard. De la même manière, on convient aisément que, dans une société  composée d’individus appartenant à plusieurs ethnies, parlant plusieurs langues, professant plusieurs religions, divisée en plusieurs statuts sociaux et groupes d’âge, un gouvernement qui voudrait aménager tous ses services publics de manière à satisfaire tous ces segments devrait assumer des coûts très importants, exorbitants.

Plus fondamentalement, toutefois, il est clair  qu’aucune société ne pourrait survivre comme telle si elle n’intégrait pas plusieurs de ces «autres différences», grâce notamment à des services publics «neutres», c’est-dire qui  ignorent ces dernières. En fait, très peu d’États acceptent, dans les faits, d’aménager leurs  services publics en fonction des «diverses minorités » tout simplement parce qu’elles sont en concurrence les autres avec les autres et que la véritable solution consiste à renforcer leur adhésion à la majorité tout en permettant l’expression des différences dans la sphère privée. Tout au plus ces États accepteront-ils de fournir des services qui favorisent leur intégration à la majorité. Une des solutions adoptées dans divers pays a consisté à «laïciser ces services publics, à neutraliser le caractère confessionnel des écoles mais également  des autres services.   

Cela dit, au Québec, au cours des dernières années, l’appartenance au sexe féminin est devenue  comme une valeur dominante de la société québécoise. Mais comme nous allons le voir le traitement de la caractéristique sexuelle  est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue.

 

1.6 Sexualisation des services publics,  féminisme et homosexualité

Il est clair que la seule prise en compte du sexe et l’élimination des autres segments  réduit considérablement les coûts des aménagements, un facteur qui sert très bien le mouvement féministe.  C’est lui qui a  amené le gouvernement à pratiquer cette sexualisation. C’est lui qui a demandé et obtenu que  le gouvernement  du Québec soumette l’ensemble de ses programmes à des «analyses différenciées selon le sexe».

Par ailleurs, la notion de sexe n’est pas aussi simple qu’il y paraît à première vue.  Il existe aussi un lobby gai qui prétend constituer un troisième sexe. Incidemment,  il est remarquable que le mouvement féministe ne rate jamais une occasion de faire alliance avec le mouvement gai, quitte à le larguer  dès qu’il obtient satisfaction. Malgré cela, le lobby gai constitue  une clientèle électorale suffisamment  importante  puisqu’en mai 2011 il a obtenu  un programme au coût de 7 millions$ pour combattre l’homophobie. Il faut dire qu’à Montréal  il a déjà menacé certains députés de les dénoncer  s’ils ne participaient pas à la parade de la Fierté Gaie.  

Comme il n’existe pas de mouvement masculiniste  ces analyses différenciées selon le sexe  ont, comme  par hasard, toujours débouché sur des mesures devant favoriser les femmes puisqu’elles postulent que ces dernières ont été victimes d’une discrimination systémique et  séculaire. Le lobby gai a eu recours à la même technique du discours victimaire, comme si Québec était l’Afghanistan avec cette nuance qu’il n’y a pas encore eu, à notre connaissance, de parade arc-en-ciel à Kaboul  et que «les sorties de garde-robe» sont tellement nombreuses que l’on soupçonne les artistes  qui ne l’ont pas fait  de manquer de temps.

Apparemment, le même gouvernement de Jean «Cravate rose » Charest ne s’est pas encore rendu compote que, depuis des années, ces deux mouvements répandent la misandrie.   

Cela dit, en toute logique, une fois que l’on a accepté  la sexualisation de services en faveur des femmes, le gouvernement  devrait tenir à jour des données sur la situation qui est faite aux hommes et corriger le tir. L’existence d’un écart considérable entre les  services fournis respectivement aux femmes et aux hommes devient rapidement d’autant plus insupportable que les hommes sont ceux qui procurent la majeure partie des fonds publics et qu’ils ne disposent d’aucune instance chargée  faire écho à leurs doléances.

 

1.6 Sexualisation, segmentation  des services publics,  les «publics» et le clientélisme électoral

Dans un système démocratique, il est naturel pour les partis politiques, en campagne électorale, d’axer leurs promesses sur «les besoins» de clientèles particulières (appelées «les publics»), par exemple, les jeunes, les ainés, les agriculteurs, les handicapés, les automobilistes, les chasseurs…). Ils espèrent, bien  entendu, ainsi obtenir leurs votes. Cette pratique appelée «le clientélisme électoral» semble être associée à la notion même de démocratie- un gouvernement pour le peuple par le peuple. Toutefois,  certaines considérations s’imposent

Premièrement, on aura compris que cette segmentation de l’électorat  ne pose pas d’objection majeure dans la mesure où les groupes visés ne recueillent pas la majorité des promesses, qu’ils peuvent être courtisés par tous les partis politiques et sont généralement contrebalancés par des groupes opposés (les ruraux vs urbains, les jeunes vs vieux, les animalistes vs chasseurs etc. ce qui force les partis à tenir un discours équilibré.

Deuxièmement, on doit reconnaître que le clientélisme électoral basé sur le sexe est différent en en ce que les femmes forment un peu plus que la moitié de l’électorat et qu’elles détiennent donc une influence supérieure sur les mêmes partis qui sont incités à pratiquer une surenchère à leur endroit par le lobby féministe. Bien plus, les politiques qui seraient tentés de réagir négativement  aux demandes du lobby féministe ne s’y risquent pas  car ils ne peuvent compter sur aucun appui  puisque, encore une fois, il n’existe pas de lobby masculiniste. La démission forcée, en 2009, du candidat  ADQ Jean-François Plante parce qu’il avait refusé de souscrire au symbole de «la tuerie de Polytechnique» est très significatif.

Enfin, il convient de rappeler aussi que dans les mêmes régimes démocratiques, les partis politiques en campagne électorale ont aussi pris l’habitude  de préciser ce qu’ils entendaient faire pour améliorer les services fournis par l’État dans une vingtaine de secteurs desservant  pratiquement l’ensemble de la population; l’éducation, la santé, l’aide sociale, la justice  la culture, la science, le développement économique, le travail, l’aménagement du territoire, la sécurité, les affaires intergouvernementales, l’environnement , le loisir et le sport, le tourisme ,les transports, les ressources naturelles… Dans ce contexte, ils ont proposé des programmes universels ouverts et accessibles à tous les citoyens. Ils considéraient que si l’État  procure  un service  public, dont le coût  doit être défrayé par tous les contribuables, il était éminemment désirable qu’il soit offert à tous les individus, indépendamment  de caractéristiques personnelles, dont le sexe

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Il convient donc, dans un premier temps, de démontrer en quoi la sexualisation des services publics en faveur des femmes est un phénomène récent. Dans ce but, nous devons revoir brièvement l’évolution du rôle de l’État.

 

-- II --L’évolution du rôle de l’État 

 

L’année 1945 nous a servi à  diviser ce survol en deux périodes très inégales. 

Avant la deuxième guerre mondiale

Dans l’Antiquité ce sont les villes qui ont constitué les premiers pouvoirs publics; certaines furent le siège d’empires (Rome, Athènes, Byzance) et l’une (Rome) fût gouvernée par un collège où siégeaient à fois des nobles (patriciens) et des représentants de la plèbe (la population non esclave), une organisation politique qui sera reprise plusieurs siècles plus tard. Entretemps, en Europe, les monarchies du Moyen-âge issues des grands propriétaires terriens regroupèrent les villes et campagnes sous leurs tutelles féodales et créèrent un Trésor public par l’imposition de taxes. Les fonctions de l’État se limitaient à assurer la sécurité extérieure (armée) et intérieure (police et justice), les voies de circulation, et les règles de la propriété et du commerce, éventuellement la découverte de nouveaux mondes et la colonisation, d’où l’appellation «l’’État Gendarme»; l’Église s’était chargée de l’éducation et des services sociaux et de santé et la noblesse des arts et des sciences. Ces monarques comprirent que pour exercer leur pouvoir public ils avaient avantage à favoriser l’intégration ethnique, linguistique, religieuse  et culturelle des personnes qui habitaient le territoire, c’est ainsi que naquit «l’État Nation», un concept qui est encore fort répandu même si, aujourd’hui, plus certains États fédéraux réunissent plusieurs «nations différentes ».

Dans ces nouveaux États, les bourgeois (roturiers)  commerçants et financiers,  qui assurent  le succès des guerres et entreprises royales, exigent de partager le pouvoir avec le clergé et la noblesse en formant le tiers état. Au XVIIIème siècle, dans la plupart des pays, ils remettent en cause  le caractère héréditaire  de la propriété du sol et de la transmission du pouvoir politique. Ils doivent, bientôt, à leur tour,  partager le pouvoir avec tous ceux qui avaient quelques biens et qui étaient  de plus en plus nombreux grâce à l’impulsion de la science, de la technologie, du commerce, de l’industrialisation et de l’urbanisation. La reconnaissance de représentants  élus du peuple auprès du pouvoir royal assure la paix civile. C’est ainsi qu’apparaît à nouveau, notamment dans les pays d’inspiration britannique, une organisation politique déjà connue, un sénat  nommé et une assemblée élue au suffrage populaire, qui deviennent les  institutions démocratiques modèles. Il ne reste plus qu’à former des groupes de représentants unis par une même idéologie (les partis politiques) et transférer les pouvoirs royaux à la direction du parti élu à la  majorité  pour qu’apparaisse le «Gouvernement responsable».

Aux XIX et XXièmes siècles, dans les États dont les frontières sont généralement sécurisées les gouvernements responsables sont naturellement incités à régler divers problèmes qui confrontent certains groupes de personnes, tantôt  pour obtenir leur appui  au moment de l’élection, tantôt parce qu’ils sont l’objet de pressions de la part d’associations dont les membres ont des intérêts communs. Comme les impôts sont loin d’être populaires, les interventions gouvernementales qui dépensent des fonds publics devaient être très spécifiques et leurs bénéficiaires très précisément identifiés.  À titre d’illustrations, deux lois adoptées au Québec il y a presque un siècle - la Loi du salaire minimum des femmes  (1919) et la Loi de L’assistance aux mères nécessiteuses (1937). On ne peut pas accuser les élus d’alors  d’avoir fait du racolage électoral puisque les femmes n’avaient pas le droit de vote à l’époque. Par contre, ils étaient sans doute déjà la cible de pressions de la part de  Fondation de la Fédération des femmes canadiennes-françaises (1918) ou de la Ligue des droits de la femme au Québec (1929). On peut donc penser que ces deux lois sont les premiers exemples de sexualisation des services publics. 1

Cela dit, il faut reconnaître qu’’à l’époque les partis politiques aimaient bien axer  leurs promesses électorales sur les besoins de divers «publics», des segments particuliers de la société, comme les agriculteurs, les jeunes, diverses catégories de personnes dans le besoin (aveugles, handicapés…).On a reproché au gouvernement Duplessis (1936-39—1944-59) d’avoir multiplié ces types d’interventions dans le but  précisément d’obtenir leur appui au moment des élections –Pourtant, c’est lui qui transforma  la Loi sur le salaire des femmes de 1919 en  la Loi sur les salaires raisonnables en 1937 laquelle devint  la Loi sur le salaire minimum en 1940), et c’est aussi  lui qui conserva  la Loi  sur  le Bien-être social adoptée en 1940 par le gouvernement  libéral.

 

Après la deuxième guerre mondiale

Les années qui suivirent  la deuxième guerre mondiale modifièrent  de manière radicale le rôle de l’États, particulièrement en Europe. Il devint  «l’État socialiste ou social-démocrate», notamment en réaction  à la montée du communisme dans les pays de l’Est, qui, lui, confisqua la propriété privée au profit d’un «État totalitaire». Forcés de procéder à la reconstruction de l’économie plusieurs gouvernements remettent à des  entreprises publiques la gestion de divers secteurs clés de l’économie («commanding heights of the economy») et en régulent d’autres, un régime d’économie mixte. L’État socialiste, assume, en plus des fonctions traditionnelles de l’État gendarme, un ensemble de services rendus jusque là, selon le cas, par les communautés religieuses, les municipalités ou  les organismes charitables. Il devient l’État Providence (en anglais le Welfare State) chargé d’assurer le bien-être  de tous ses citoyens «du berceau à la tombe» ou, plus crument, «de la naissance à la mort».  Il a, dorénavant, pour mission de protéger  la population contre :

-- l’ignorance, la maladie,  la pauvreté, le vieillissement, les déficiences  individuelles sous de nombreuses formes; 

-- le chômage et l’incapacité de travailler à cause de la fermeture d’entreprises  ou de la baise de l’activité économique;

--  les catastrophes naturelles et les «dommages causés par des gouvernements antérieurs (les orphelins de Duplessis, les orphelinats  autochtones…);

--  même  les fluctuations du marché; (le prix du pétrole…)

Au Québec, la réélection du gouvernement conservateur de l’Union nationale jusqu’en 1959 mais également  le voisinage immédiat des puissants États-Unis défenseurs du libéralisme économique, retardent l’entrée en scène de la pensée socialiste longtemps associée par Duplessis  au dangereux communisme. Par contre, l’ouverture de deux partis politiques fédéraux,  Libéral et CCF, à la social-démocratie (sans jamais utiliser ce vocable) finit par influencer l’électorat. L’élection d’un Parti Libéral  provincial, à la fois nationaliste et «avant-gardiste», introduit une nouvelle dynamique que même la réélection du parti de l’Union nationale ne peut freiner. Ces gouvernements des années 1960, font «la révolution tranquille». Le «Service civil» devient la Fonction publique dont le personnel est dorénavant nommé au mérite par concours. L’État québécois remplace les communautés religieuses dans l’encadrement, la direction et la gestion des établissements d’éducation ainsi que dans l’accès à l’éducation. Il s’approprie un régime public d’assurance-santé conçu et établi par le gouvernement fédéral. Il réunit les multiples catégories d’assistés sociaux dans une loi de portée générale. Il devient le mécène de toutes les expressions artistiques y compris des festivals «westerns » et «de la patate».

En bref, on attribue à cet État  l’obligation de protéger tous ses ressortissants contre toute situation susceptible de leur  être dommageable  à un moment donné.

 

--III -- L’État social-démocrate au Québec – ou -- «le modèle québécois»

 

À la différence de la pratique antérieure qui encadrait l’accès aux services publics par des critères stricts et des catégorisations d’usagers généralement des personnes «pauvres», l’État social démocrate procède par des programmes universels généralement gratuits sur l’ensemble du territoire – du mur à mur comme le veut l’expression populaire - parce que le «test» de la pauvreté constituait une humiliation pour les démunis, parce que tout le monde est égal partout  et parce que ceux qui en ont les moyens payent déjà assez de taxes pour être justifiés de profiter, eux aussi, de la gratuité.

Ci-dessous, un inventaire sommaire  des résultats de ce mode d’approche en termes à partir d’une simple recension des Lois refondues du Québec.

---Les programmes gouvernementaux d’assurance collective: assurance-automobile (A-25), assurance-dépôts (A-26), assurance-édition (A-27), assurance-hospitalisation (A-28), assurance-maladie (A-29), assurance-médicaments (A-29,01), assurance-prêts agricoles et forestiers(A-29,1), assurance–récolte (A-30), assurance-stabilisation des revenus agricoles (A-31)  et, la dernière en date, l’assurance-parentale (A-29,011)qui nous rapproche le plus de notre sujet principal. Il faut encore ajouter la Loi sur le salaire minimum (S-1), Loi sur les normes du travail  et la Loi sur la santé et la sécurité au travail (S.2.1) La loi sur le soutien du revenu et favorisant l’emploi et la solidarité sociale  (S-32.001) qui confèrent aux travailleurs syndiqués  et non syndiqués ainsi qu’aux centrales syndicales un  nombre important de «protections ».

-- Les lois sur la sécurité : sécurité dans les sports (S.3.1), sécurité des barrages (S.3.1.01), sécurité civile(S.2.3), sécurité des piscines résidentielles ((S.3.1.02), dans les édifices publics ((S.3)  sécurité du transport terrestre guidé (S.3.3) sécurité incendie (S.3.4)

--Les lois sur les 30  sociétés  d’État  et administratives : S-8 Loi sur la Société d'habitation du Québec, S-9.1 Loi sur la Société de développement des entreprises culturelles; S-10.1 Loi sur la Société de développement des Naskapis; S-11.0102 Loi sur la Société de financement des infrastructures locales du Québec; S-11.011 Loi sur la Société de l'assurance automobile du Québec; S-11.03 Loi sur la Société de la Place des Arts de Montréal; S-12.01 Loi sur la Société de télédiffusion du Québec; S-13 Loi sur la Société des alcools du Québec; S-13.01 Loi sur la Société des établissements de plein air du Québec; S-13.1 Loi sur la Société des loteries du Québec; S-14 Loi sur la Société des Traversiers du Québec; S-14.001 Loi sur la Société du Centre des congrès de Québec; S-14.01 Loi sur la Société du Grand Théâtre de Québec; S-14.1 Loi sur la Société du Palais des congrès de Montréal English version; S-16.001 Loi sur la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour; S-16.1 Loi sur la Société Eeyou de la Baie-James; S-17.1 Loi sur la Société immobilière du Québec; S-17.2.0.1 Loi sur la Société Innovatech du Grand Montréal; S-17.2.2 Loi sur la Société Innovatech du sud du Québec; S-17.4 Loi sur la Société Innovatech Québec et Chaudière-Appalaches; S-17.5 Loi sur la Société Innovatech Régions ressources; S-18.1 Loi sur la Société Makivik; S-18.2 Loi sur la Société nationale de l'amiante; S-18.2.0.1 Loi concernant la Société nationale du cheval de course ; S-18.2.1 Loi sur la Société québécoise d'assainissement des eaux; S-20 Loi sur la Société québécoise d'information juridique ; S-22.01 Loi sur la Société québécoise de récupération et de recyclage; R-7 La Régie des installations olympiques et R-5 La Régie de l’assurance-maladie . Ceci  est sans compter les 25 sociétés dont les lois ont été abrogées   

- Les lois instituant des organismes de régulation ; R.6.01 La Régie de l’énergie ;R .6.1 La Régie des alcools, des courses et des jeux R.8.1 La Régie du logement

- Les lois instituant les 446  programmes d’aide dont  quelques uns sont institués en fonds spéciaux  F.3.2 ,02- Fonds des départs assistés -F.3.2.03 Fonds de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail – F.3.2.1.1  Fonds de soutien aux aidants naturels –Fonds pour la promotion  des saines habitudes de vie –  F-4.0022 Fonds pour le développement des jeunes   (après F-4.001 Fonds Jeunesse –F4.0021 abrogé en 2004) – F4.003 Fonds pour le développement du sport 

Comme nous savons, à l’occasion, mettre de côté notre modestie proverbiale, nous avons considéré que ces multiples interventions de l’État constituaient   un modèle du genre, «le modèle québécois ». 

 

--IV – Les déterminants  du «modèle québécois »

 

4.1 La géopolitique

Qu’on le veuille ou non, la situation d’une petite communauté francophone, vivant dans un régime fédéral où elle représente maintenant moins que le tiers de la population totale du Canada (et moins que 3% de la population du continent nord-américain) fait en sorte qu’elle  n’a pas beaucoup de le choix  que de faire, de son gouvernement provincial, son État national. Cette préoccupation «nationale » n’a rien d’archaïque dans un univers qui compte plusieurs centaines de d’États-nations nations. Il est sans doute aussi certain que la défaite de la guerre coloniale de 1760 a décapité cette population de son élite et l’a subordonnée sur les plans politique, économique et social au vainqueur britannique. Sans  sa remarquable fécondité et la cohésion maintenue par le clergé catholique elle n’aurait pas pu survivre. Cela dit, la fragilité socioculturelle qui découle de cette situation entraîne une insécurité qui, a son tour, fait de cet État provincial le  principal rempart contre les pressions d’assimilation car l’État fédéral lui-même peut, de moins en moins, jouer ce rôle dans la mesure où le reste du Canada considère ses gouvernements provinciaux comme de simples instances administratives régionales. Il faut reconnaître que,  depuis maintenant plus de cinquante ans, la menace d’une accession prochaine au statut d’État souverain n’a pas modifié de manière significative le partage des pouvoirs entre les paliers de gouvernements et l’établissement d’une certaine représentation «politique » extérieure n’a pas vraiment accru le poids du Québec.

Par ailleurs la fragilité de cette petite société d’expression française à 80% plongée dans un contient anglo-saxon  demeure une réalité qui doit préoccuper son gouvernement afin qu’elle conserve  son identité.  Pourtant,  l’État québécois a procédé à des accommodements qui font peu de sens : La minorité d’expression anglaise qui bénéficie d’un réseau  complet en éducation et en services sociaux et de santé s’est vu gratifiée  de 3 universités  (4 françaises)  d’ un hôpital universitaire anglophone (un francophone), au coût d’un milliard chacun alors que la population de langue maternelle anglaise représente  8% de la population totale et les autres communautés 12% .À vrai dire, on éprouve une difficulté certaine à faire respecter la langue de la majorité sur l’Ile de Montréal où se sont installées diverses communautés qui vivent en milieux fermés.  À ce sujet, la solution ici repose d’abord  sur le comportement et les attitudes des Québécois eux-mêmes que sur l’État. Plusieurs n’ont pas compris que leur extrême esprit de conciliation les mène à leur propre perte

 

4.2 La religion catholique

Il est de bon ton, depuis la révolution tranquille, d’imputer à la religion catholique, dont le rôle a certes été très important jusque dans les années 1950,  le fait que les Québécois ne se soient guère intéressés  aux questions économiques  et, encore aujourd’hui, valorisent si peu  la richesse, (le vil argent)  à la différence de l’a religion protestante. Cette analyse, entretenue par les promoteurs de la laïcité, omet de tenir compte des conséquences de  «la conquête» sur les circuits commerciaux et du fait que les  villes de Québec et de Montréal ont été à dominance anglaise durant près de deux siècles, les «canadiens» étant refoulés dans les campagnes ou dans les emplois subalternes en usines, comme les milliers qui se sont expatriés aux USA.  Invoquer le contraste de la religion protestante est tout à fait risible quand on pense  que le chef de cette église est le roi, comme séparation de l’Église et de l’État on peut certainement  faire mieux. En fait, ce qui est le plus étonnant c’est que, malgré cela, plusieurs Québécois aient réussi à faire des affaires et que plusieurs autres aient reçu une instruction  leur permettant  d’exercer une profession libérale  ou un métier technique sans pour autant adopter, généralement, les attitudes hautaines des bourgeoisies européennes. Quant  à son soi-disant désintéressement envers l’argent, une population de 7 millions qui entretient 4 casinos, 9,880 détaillants de billets de Loto, 12 000 appareils vidéo, un réseau de bingos et qui a versé 21 milliards de dollars de revenus au gouvernement  en paris de toutes sortes au cours des 15 dernières années n’a peut-être pas exactement le comportement conforme à l’image qu’on lui prête. Enfin, bien plus importante que la question de savoir si les Québécois sont friands ou non de faire l’étalage de la richesse ou s’ils envient ou dédaignent ou envient ceux qui en ont  est celle de savoir s’ils possèdent l’esprit d’entreprise et si la société valorise, comme telles, les réussites des entrepreneurs.  

Quoiqu’il en soit, pour revenir au cœur du sujet,  on doit convenir  que  l’État québécois est  devenu neutre puis qu’il a déconfessionnalisé les écoles publiques.  Pourtant, au cours des dernières années, il a aussi  accepté divers accommodements dits raisonnables, notamment avec  les communautés juives et musulmanes  qui ne font pas beaucoup de sens. Au palier local, on a  même neutralisé l’espace public en retirant toutes les manifestations des symboles religieux de la majorité, comme le sapin de Noël,  pour ne pas offenser  des communautés minoritaires

 

4.3  La pensée égalitariste  

On ne peut pas nier qu’au Québec, comme dans divers pays européens dont la France, plusieurs ont du mal à reconnaître le mérite de ceux qui sortent du rang, qui sont «arrivés» ««et riches», à l’instar du modèle américain. «Tout le monde est pareil... et doit l’être », comme si, ici,  nous avions eu à souffrir du régime féodal et d’une bourgeoisie oppressive.  On serait porté  à croire que l’influence d’une telle pensée pourrait être responsable du peu d’estime porté aux entrepreneurs  et, par conséquent, du nombre inférieur de jeunes  qui  au Québec par rapport au reste du Canada caressent, en 2011, l’intention de le devenir. Curieusement, cet esprit d’entreprise et de création s’est manifesté, depuis fort longtemps, dans le domaine artistique  et  les succès  indéniables de ses artisans  ont été  reconnus. Humoristes et cinéastes sont les derniers en lice à se bien «tirer d’affaires». Ils sont même devenus «les penseurs», «les leaders d’opinion» dans une société qui a mis ses intellectuels au rancart.  Raison de plus pour que les vrais artistes qui habitent Le Plateau et ont  une sinécure à Radio-Canada continuent de mépriser le succès commercial.

Comment expliquer que cette société éprouve tant de difficulté à valoriser ceux qui ont réussi dans le commerce et l’industrie, la science et la technologie, les principaux paramètres de l’évolution du monde moderne? Pourtant, plusieurs d’entre eux  n’ont pas hésité à retourner à la population de diverses manières (fondations, mécénat) une partie importante des sommes qu’ils avaient gagnées par leur labeur.

Il est très  simpliste de tenir le système économique de libre entreprise responsable de la malhonnêteté de certaines  personnes. L’autre système, le dirigisme étatique, a engendré encore plus de malhonnêtetés qui sont, elles, restées impunies  tout en étant parfaitement inefficace dans la création et la redistribution des richesses; on n’a qu’à lire «The New Class » de Milovan Djilas et en privant les citoyens des plus élémentaires libertés.

On dirait qu’un grand nombre de personnes sont demeurées accrochées au célèbre monologue d’Yvon Deschamps «Un bon boss» qui dépeignait le patron comme un exploiteur sans  âme et l’employé comme un esclave heureux. Il a certainement contribué, tout autant que les privilèges accordés aux syndicats, les législateurs et les cours de justice  (Formule Rand, votes à main levée, monopole du placement des ouvriers de la construction, un milliard de dollars de cotisations par année et paiements aux grévistes exemptés du fisc...) à faire des centrales syndicales les principaux propagandistes de l’égalitarisme tout en étant  un des Québécois qui  a reçu  le plus de témoignages  à l’effet qu’il occupait une place nettement au dessus des autres . 

4.4 Le syndicalisme

Au Québec, en 2009,  40% de la main d’œuvre est syndiqué, 27,6% en Ontario, 25% en Alberta, les provinces les plus riches. Bien assises sur le pactole des cotisations sécuritaires des 500 00 employés des secteurs public et parapublic, les centrales syndicales n’en menacent pas moins le gouvernement  à chaque renouvellement de conventions collectives de perturber la livraison  des services publics. Le psychodrame se termine généralement par une loi spéciale adoptée par le gouvernement  et «tout le monde il est content».

Il est vrai que, dans les années 1950, le mouvement syndical  s’était attiré de forts appuis lors de certaines grèves célèbres mettant en cause des entreprises étrangères qui  versaient de faibles salaires (textiles-(Louiseville) et exploitaient les richesses naturelles à faibles redevances (Murdochville). Toutefois, les leaders syndicaux de l’époque s’étaient  sérieusement mépris sur la capacité du capital international de délocaliser ses usines surtout dans les secteurs mous (textiles) et de trouver, à meilleur compte, du minerai dans plusieurs pays en émergence.  Depuis lors, l’industrie textile est presque totalement disparue et l’exploitation minière  se fait toujours à faible rendement même dans le cadre du fabuleux Plan Nord de Jean Charest. Les centrales syndicales n’ont toujours pas réussi à dompter les entreprises étrangères  mais, fort courageusement, elles ont mis fin aux activités  de  plusieurs petites entreprises d’ici.

En  fait, elles  sont devenues  un groupe de pression «généraliste» s’invitant à tous les débats mais qui, dans la pratique, excelle à  freiner sinon à bloquer les changements  qui rendraient les organisations plus performantes. Elles façonnent  «l’opinion publique» à coups de déclarations incendiaires et de marches «populaires» face à un patronat, soit amorphe soit incapable de percer  la muraille des grands médias tous gagnés à la social démocratie. Le Parti Québécois  en a fait des alliés explicites alors que le Parti Libéral  ne fait rien pour se les aliéner, d’autant  plus  qu’il risquait  de s’éclabousser  lui-même en donnant suite à une demande générale d’enquête sur la corruption dans l’industrie de la construction où fourmillent  ses grands argentiers (Accurso et cie )

Enfin, chacune des centrales  a mis sur pied un ou plusieurs  comités de la condition féminine comme si les droits des travailleuses devaient être foncièrement différents des droits des travailleurs. Effectivement, en s’alliant au mouvement féministe  les syndicats ont  développé de tels droits –  l’accès à l’égalité à l’emploi, l’équité salariale  etc. - qui sont, en réalité, des privilèges  qui lèsent les hommes et constituent des cas patents de «sexualisation» des services publics.  

4.5 La Charte des droits et libertés de la personne

On ne peut pas négliger le rôle que joue  cette loi «supérieure», quasi-constitutionnelle, dans l’encadrement de la société.  En effet, la Charte des droits  et libertés  de la personne  (C-12) en faisant elle-même référence à divers groupes qui composent la société  a certainement contribué à légitimer cette sexualisation

«10. Toute personne a droit à la reconnaissance et à l'exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l'orientation sexuelle, l'état civil, l'âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l'origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l'utilisation d'un moyen pour pallier ce handicap.»

Mais on a compris que cette disposition ne crée pas de préférence pour ces groupes, elle ne fait que prohiber un comportement discriminatoire contre eux, identifiés comme minoritaires. On n’a pas encore vu  un membre de la majorité réussir dans une poursuite contre un groupe minoritaire même si certaines communautés lui sont totalement hermétiques.

4.5  Le féminisme

Nous avons observé que l’avènement de la social-démocratie a remplacé les mesures ciblées sur des clientèles précises par des programmes universels dans une vingtaine de secteurs et  desservant  pratiquement l’ensemble de la population. Or, l’avènement du mouvement féministe a sérieusement modifié cette architecture de l’intervention de l’État. Il va sans dire qu’il a exploité à fond l’argument que les femmes constituent la moitié de la population, entendez  la moitié des électeurs, comme si elles votaient toutes en fonction de leur «genre».  La meilleure preuve de  la force du lobby féministe est assurément la sexualisation des services publics. 

Il est donc sensé de pousser plus loin l’analyse de ce mouvement. Au départ il convient de retenir trois dates de grande importance -- 1940, le droit de vote est accordé aux femmes – 1962. première femme élue - 1964, la Loi 16 met fin à l’incapacité juridique de la femme. Ces changements sont assurément  le résultat de pressions exercées  par un mouvement des femmes. Cela dit, ce sont des gouvernements composés majoritairement d’hommes, qui ont adopté ces mesures et que la contribution fiscale des hommes a toujours été nettement supérieure à celle des femmes. Mais cela n’a pas empêché les féministes de se targuer d’avoir seules réalisé ces  «avancées».

a)  L’importance du mouvement féministe au Québec

Le  mouvement féministe:

-- existe depuis près d’un siècle 1918, Fondation de la Fédération des femmes canadiennes-françaises—1929, Création de la Ligue des droits de la femme au Québec – 1966, Création de la Fédération des femmes du Québec--- 1969, Création du Front de la libération de la femme -- 1972- Création du  Centre des femmes de Montréal;-

--- a été institutionnalisé dans l’appareil gouvernemental depuis plus de trente ans. 1973Création du Conseil du statut de la femme, 1979- Nomination  d’une première ministre d'État à la condition féminine et établissement du  Secrétariat à la condition féminine qui coordonne des agents dans tous les ministères. 

Il faut aussi savoir que Michelle Courchesne, ministre de la  Condition féminine dans le gouvernement Charest,  qui lança la «Politique de l’égalité de fait entre les femmes les hommes» en 2005 a écarté la possibilité de créer un Conseil de l’égalité paritaire (comme l’avaient fait logiquement certains pays européens) en remplacement du Conseil du  Statut de la femme. Cela n’a pas empêché le même gouvernement de rendre paritaires les conseils d’administration des sociétés d’état en 2010. 

 À ce jour,  (mai 2011) il n’y a aucune instance reconnue, aucun groupe de pression, dont la tâche est de voir à la défense et à la promotion des intérêts des hommes. La très vive réticence des élus et des médias à supporter les individus qui consacrent des efforts dans ce sens, pour ne pas dire leur opposition aussi farouche que stupide à leurs très modestes revendications  et l'incapacité de ces mêmes individus d'accepter une démarche de conciliation de leurs divers objectifs expliquent cette situation qui accentue le déséquilibre actuel de la société québécoise.   . 

 b) Le mode opératoire  du mouvement féministe conduisant à la sexualisation d'un service public

Le  mouvement féministe, en combinant le syndicalisme, l’égalitarisme et la victimologie, a entrepris :    

i)  de fonder ses revendications  sur une prétendue  victimisation séculaire et universelle des femmes par les hommes 

Séculaire - À chaque nouvelle situation soulevant son indignation, le mouvement féministe met en scène entonne le même psychodrame dans lequel  la femme est la victime de l’organisation sociale et du système économique depuis des siècles. L’injustice, ressentie ou  appréhendée,  réelle ou fabriquée, est  un moteur très efficace de mobilisation L’explication du phénomène – à savoir la complémentarité, «biologique» et «sociale» des rôles, soit la femme procréatrice et  l’homme pourvoyeur qui a certainement contribué à l’explosion démographique - est rejetée au profit du concept de la domination masculine, le patriarcat. Les divers facteurs qui ont façonné l’évolution des sociétés, - les découvertes scientifiques et technologiques, l’industrialisation, l’urbanisation et les deux grandes guerres, y compris l’expérience de divers régimes et types d’activité économiques-  sont ignorés même s’ils sont peu conciliables avec le patriarcat. Le mouvement féministe n’en réclame pas moins, aujourd’hui, l’intervention de l’État pour contrer un soi-disant régime patriarcal alors que l’économie libérale est le système libérateur par excellence.

Universelle - Le mouvement féministe s’est fait fort, également, de donner une dimension universelle  à la victimologie de la femme. Dès 1946,  Eleanor Roosevelt faisait accepter par les Nations Unies la création de la Commission du statut de la femme  laquelle a organisé de nombreuses Conférences  internationales dont  la plus célèbre qui s’est tenue en 1995 à Beijing. Depuis lors,  on peut lire de nombreux rapports sur la pauvreté des femmes et sur  la violence pratiquée à leur endroit: les excisions en Afrique,  les immolations  des femmes par le feu en Inde, les viols comme arme de guerre dans divers pays. On  omet de mentionner que ce sont les mères qui pratiquent l’excision en vertu de coutumes ancestrales, que les hommes sont aussi immolés, (la moitié moins que les femmes, il est vrai (Lancet 2001), et que ce sont principalement les enfants soldats sont des garçons  et que ce sont les hommes qui meurent dans les guerres. Dans ses meilleurs moments, le mouvement féministe en vient à conclure que toute violence est dirigée contre les femmes –même si, dans les faits, ce sont les hommes qui sont éliminés. En 2008,  les Nations  Unies instituaient un Fonds de développement pour la femme envers qui nous sommes «redevables» 

Il est bien clair que ces informations ont  pour effet  de culpabiliser  les hommes et de réduire considérablement leur capacité de contester les propositions féministes.  

 ii)  de procéder, en conséquence, à la recherche et l’identification :

--- de divers phénomènes sociaux qui semblent concerner davantage les femmes. La violence conjugale et les agressions sexuelles sont deux phénomènes qui ont particulièrement retenu l’attention du mouvement féministe ;

--- de diverses inégalités  de fait entre les femmes et les hommes. Les écarts  tantôt de salaires tantôt de revenus entre les femmes et les hommes,  tout comme les différences de nature et  de niveau des emplois occupés respectivement par les femmes et les hommes  ne sont  que deux situations mises en évidence au cours des dernières années.

Le gouvernement Charest  défraie, depuis plusieurs années, la conduite dans tous les ministères, sous la direction du Secrétariat à la Condition féminine, «d’analyses différenciées selon le sexe » dont le but est précisément de révéler de telles inégalités.    

 iii) de s'approprier  divers phénomènes sociaux et inégalités de fait

En effet, à titre d’illustrations, la violence conjugale et les agressions sexuelles sont devenues, par l’intervention du mouvement féministe, des violences contre la femme  Les écarts de salaire (ou de revenu) et d’emplois sont devenus des injustices envers les femmes. Dans ces deux cas (et dans tous les autres cas retenus)  les femmes sont les seules victimes  et les hommes, ou le système dirigé par des hommes, les seuls responsables.

 iv) de manipuler des données  statistiques officielles d'une manière malhonnête  

Cette appropriation a été acquise grâce à des analyses conduites par des «chercheures féministes» dont la désagréable caractéristique a été de servir à cautionner un postulat dicté d’avance par l’idéologie. Ainsi, on y minimise ou on ignore systématiquement les hommes qui vivent exactement les mêmes situations que les femmes, on amplifie les écarts entre les deux pour les rendre dramatiques,  sans enquête scientifique, et on ne fait aucun effort pour comprendre les causes du phénomène mais on développe rapidement une série de remèdes qui, comme par hasard, sont des services publics rendus aux femmes, des privilèges réservés aux femmes … et  des sanctions imposées aux hommes.  C'est le cas, très manifestement, des dossiers de la violence conjugale, sexuelle, mais également des Lois de l’accès à l’égalité en emploi et de l’équité salariale.

  v) de mobiliser les femmes en appui à ses revendications …même sur le plan international    

La capacité de ce mouvement de mobiliser un assez grand nombre de personnes est assez remarquable. La marche des roses (2000) a été sans doute  une des manifestations les plus réussies. Rendue à Québec la  FFQ en a profité pour présenter a présenté au gouvernement «sa liste d’épicerie» (revendications), laquelle était inspirée des nombreuses résolutions de la 4ième Conférence mondiale des Nations-Unies sur la femme (Beijing).  Ces conférences internationales comme les analyses différenciées selon le sexe d’alimenter le cahier des demandes pressantes du mouvement. Il faut savoir que ces manifestantes n’ont généralement pas à se présenter au travail et que leurs déplacements sont payés l’État. Le Secrétariat à la condition féminine a trouvé des fonds pour financer une Colloque  international sur la violence faite aux femmes (en commémoration de la «Tuerie de Polytechnique, une fumisterie qui n’en finit plus de finir. Il récidivera en mai-juin 2011 à l’invitation du  Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRI-VIFF) et son équipe de recherche Femmes, violences et contextes de vulnérabilité  225 conférenciers, 650 personnes participants accueillis à l'Hôtel Delat Centre-ville de Montréal. Les centrales syndicales, qui ont toutes un «comité féministe», n’éprouvent aucune gêne à soutenir également plusieurs de ces manifestations sans avoir jamais obtenu l’aval de leurs membres.

 vi) d’exploiter la complicité des médias bienveillants qui ont épousé la cause féministe et qui manifestent  beaucoup, beaucoup de respect envers le lectorat et l’auditoire féminin.

La Société Radio-Canada  et le journal Le Soleil sont les champions toutes catégories dans cette matière. Alors que ces institutions devraient susciter et soutenir  le débat  public rationnel  il confine les hommes à des tâches  d’éditorialistes ou d’animateurs sympathiques  mais inoffensifs  tandis qu’elles autorisent les femmes  dans les mêmes tâches  à promouvoir la pensée féministe allant jusqu’à bêtement  répéter les  consignes de la Présidente du Conseil du statut de la femme.

Ce sont les mêmes personnes qui font des boutons lorsqu’elles entendent parler de Goebbels mais qui pratiquent; la même désinformation au nom de leur cause. Femmes d’influence et roses bonbon font très bon ménage dans cette social-démocratie québécoise.

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Quelques conséquences

 

Il est clair que plusieurs des revendications du mouvement féministe ont été bien accueillies  par les divers gouvernements  et constituent ce qu’il appelle les «avancées ».  Par ailleurs, en partie à cause de ces mêmes avancées les hommes subissent des inégalités de fait  qu’aucun gouvernement ne semble prêt à corriger. Le Mémoire  déposé par le groupe de l’Aprèsrupture en 2005 à la Commission parlementaire sur l’Égalité de fait entre les femmes et les hommes en avait  fait une énumération non exhaustive. Voir sur le site sous la rubrique «L'inégalité de droits et de fait entre les femmes et les hommes - le carburant du féminisme ou sa quérulence». André Gélinas leur a consacré le chapitre 10 de son ouvrage «L’égalité de fait entre les femmes et les hommes, un  piège à cons », publié en 2008: «Bilan provisoire des «avancées» des femmes et  des «inégalités de droit et de fait» subies par les hommes au Québec.»

 

Cela dit, en rapport à la question précise des conséquences de la féminisation ces services publics nous soumettons  que :

---.L’analyse des causes et de l’étendue des problèmes conduite par le mouvement féministe est faussée dès le départ. L'intervention de l'État est, en conséquence, inévitablement vouée à l'inefficacité.

--- Les hommes victimes des mêmes problèmes ne reçoivent très peu sinon aucune d’attention de la part du gouvernement. Par contre, les hommes qui sont jugés comme étant les seuls responsables du problème  (les agresseurs), reçoivent  ont accès, eux, à un service public .En somme une double discrimination

--- Cette insistance sur les problèmes vécus  par les femmes – notamment la violence dont elles seraient l’objet- occulte délibérément d’autres problèmes  à tout le moins tout aussi  sérieux,  notamment la violence envers les enfants et la négligence envers ces derniers dont, comme par hasard les femmes sont les premières responsables; les dommages irréparables que subissent les très jeunes enfants élevés en garderie parce que les mères les y abandonnent.     

--- La dominance de la pensée féministe a eu pour effet de conditionner outrageusement  les priorités gouvernementales au cours des dernières années au point  de  servir de grille d’analyse  universelle (ex : le débat sur l’intégration des immigrants qui se conclut par une insignifiante modification de la charte affirmant  l’égalité homme femme) – et surtout d’écarter  toute prise en compte  des questions concernant tes hommes. 

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 En deuxième partie nous allons tenter de tracer une image d'ensemble de la situation au Québec en 2011. C’est évidemment  une chose de définir la sexualisation des services publics c’est autre chose de prouver son existence.