«Bully Pulpit. Theodore Roosevelt, William Howard Taft,

and the Golden Age of Journalism»

Doris Kearns Goodwin

                                                                        collaboration A. Nantel

 

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D'AUJOURD'HUI

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Doris Kearns Goodwin nous avait déjà comblés avec son livre sur Lincoln et voilà qu’elle nous surprend encore une fois avec son dernier livre : The Bully Pulpit. Après sept ans de recherche, elle nous revient avec l’histoire d’une des périodes les plus importantes des EU, celle des grandes réformes, sous l’impulsion d’une des plus grandes figures de la politique américaine, Theodore Roosevelt et de son compagnon et rival : William Howard Taft. Mais ce renouvellement ne saurait s’expliquer sans le rôle déterminant joué par une poignée de brillants journalistes (Muckrakers) réunis autour de S.S.McClure. Et c’est en mettant en situation tous ces personnages que l’auteur réussit à saisir l’intensité de cette période créatrice et palpitante, conduisant à la réforme profonde d’un système capitaliste à la dérive.

Un modèle économique et social beaucoup plus juste et équitable devait émerger : le capitalisme moderne. L’année 1903 devait être décisive pour Roosevelt. Ida M. Tarbell publie dans le magazine McLure une série d’articles bien documentés dénonçant l’incroyable et l’impitoyable domination du monopole Standard Oil, propriété exclusive de M. Rockefeller. La nation est révoltée. Immédiatement Roosevelt en saisit l’importance politique. Il introduit alors au Congrès une série de mesures antitrust et, en un temps record, il réussit à faire adopter son programme. Toujours en relation intime avec la nouvelle vague de journalistes d’enquête, Roosevelt réussit entre autres à clarifier le rôle des syndicats et des dirigeants d’entreprise, à limiter le nombre de jours travaillés par les ouvriers, à sortir les enfants des mines et des usines et à s’attaquer à la corruption des milieux politiques à tous les niveaux. En outre, il instaure un programme de protection du consommateur, souscrit au droit des femmes de voter et enfin il préserve l’environnement en créant d’immenses parcs nationaux. Roosevelt a su allier avec une grande maitrise le pouvoir politique avec les besoins de la nation, lui permettant de redéfinir l’autorité du gouvernement fédéral et du même coup, celle de la présidence. Cette croisade qui prend le nom de Square Deal fait de lui un héros national et bien attendu un traitre aux yeux du monde des affaires.

Sur le plan international, Roosevelt adopte une attitude plutôt impérialiste voulant faire des ÉU une grande puissance mondiale. Il s’impose aussi comme arbitre pour mettre un terme au conflit entre la Russie et le Japon, ce qui lui vaut le prix Nobel de la paix. On découvre aussi un homme d’une vaste culture : il réussit à publier une quarantaine de livres, à maitriser quatre langues. En outre il est reconnu comme un remarquable chasseur, un ardent joueur de tennis, un redoutable boxeur et un judoka 3e degré.

Un personnage unique en son genre. Doris Goodwin trace aussi en parallèle le portrait de William Howard Taft. Elle réussit à démontrer le rôle capital qu’il a su jouer au sein du cabinet de Roosevelt. Ami intime et éminence grise, il réussit à s’imposer par sa fiabilité dans l’exécution des politiques sachant manier la conciliation avec maitrise. Sans réserve, il partage les convictions de Roosevelt, ce qui rendra difficile à comprendre son comportement quand lui-même assumera la présidence. N’étant pas doué pour exercer du commandement et ne sachant pas comment poursuivre les réformes de son prédécesseur, la situation se détériore entre les deux amis.  À un tel point que Roosevelt va jusqu’à présenter sa candidature au congrès de nomination du parti républicain. Taft remporte malgré tout l’investiture, ce qui pousse Roosevelt a fondé un nouveau parti faisant appel à l’aile progressive du parti. Ce schisme permet à Woodrow Wilson de gagner l’élection à la présidence et de ramener le parti démocrate au pouvoir. Grâce à son style narratif engageant  , elle réussit à tracer un portrait vivant de tous ses personnages ce qui nous aide à comprendre les forces et les enjeux qui ont permis à ce pays de prendre un virage radical. Cela suggère également une prescription pour les réformes à venir. Elle conjugue à merveille la rigueur académique et la facilité de compréhension, ce qui rend agréable la lecture de cet ouvrage palpitant.

The Bully Pulpit.Theodore Roosevelt, William Howard Taft, and the Golden Age of Journalism.Doris Kearns Goodwin. Simon&Schuster, New York.910 pages.